Matières premières

L’Afrique exige une part décente du gâteau au chocolat

La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui représentent 60% de la production mondiale de cacao, souhaitent maîtriser l’offre afin d’obtenir de meilleurs prix. L’industrie chocolatière génère 100 milliards de dollars par année. Les pays producteurs de la fève n’ont droit qu’à 6%

Le prix du cacao, cette matière première indispensable à la fabrication du chocolat, grimpe. Il est passé de 1800 dollars la tonne au début de l’année à 2790 dollars la semaine passée à la bourse des matières premières à New York. Ainsi, il a atteint le même niveau qu’en octobre 2016. Depuis lors, la surabondance avait poussé le cours vers le bas. Toutefois, malgré le bond spectaculaire depuis janvier, notamment en raison des fortes pluies en Afrique de l’Ouest qui font pourrir les cabosses de cacaoyer, il est loin des 3400 dollars la tonne en vigueur en décembre 2015.

La volatilité des cours du cacao et le revenu des planteurs seront les principaux objets des discussions lors de la quatrième conférence de l’Organisation internationale de cacao (OICC), qui a lieu du 22 au 25 avril à Berlin. Cette organisation, qui regroupe les pays producteurs et consommateurs, vise à assurer, d’une part, l’approvisionnement de la matière première pour l’industrie de la transformation et, d’autre part, un revenu décent pour les producteurs en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie. Cette conférence, qui a lieu tous les deux ans, regroupe aussi les industriels, dont les suisses Barry Callebaut, Nestlé ou encore Lindt & Sprüngli.

A peine 2% aux paysans

Force est de constater qu’une certaine tension entre pays producteurs et consommateurs règne. La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui produisent 60% du cacao, ne laissent passer aucune occasion de revendiquer une plus grande part dans la chaîne des valeurs. Au Salon de l’agriculture de Paris le mois dernier, le ministre ivoirien de l’Agriculture et du développement rural, Sangafowa Coulibaly, a fait une révélation choc: l’industrie chocolatière mondiale génère 100 milliards de dollars par an, mais les pays producteurs n’en tirent que 6%, avec à peine 2% allant aux paysans.

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Les deux pays d’Afrique de l’Ouest ne cachent pas leur stratégie pour grignoter une plus grande part du gâteau. Notamment en maîtrisant mieux l’offre des fèves sur le marché et en transformant autant que possible la matière première sur place. Ils bénéficient du soutien de la Banque africaine de développement. «Nous travaillons sur un projet pour aider la Côte d'Ivoire et le Ghana à aménager des facilités de stockage pour une meilleure maîtrise de l’offre sur le marché mondial, a expliqué récemment au Temps Charles Boamah, son vice-président. L’idée n’est pas de créer un cartel, mais de pouvoir stocker les fèves en cas de surproduction.»

Préoccupation majeure

Les acheteurs de cacao n’abordent pas cette question directement. Le suisse Barry Callebaut, le plus grand d’entre eux, acquiert environ 900 000 tonnes par an, soit 20% de la production mondiale. C’est lui qui livre le beurre de cacao qui est ensuite transformé en chocolat. «Les prix sont fixés par l’offre et la demande, répond son porte-parole. Notre société traite la matière première dans ses propres installations en Côte d'Ivoire, au Ghana, au Cameroun, au Brésil et en Indonésie.» Contactée par Le Temps, la World Cacao Foundation, créée par les grands acheteurs dont Barry Callebaut, et sise aux Etats-Unis, affirme que «le niveau de vie des planteurs de cacao est une préoccupation majeure pour l’industrie». En Suisse, l’industrie chocolatière, qui vient de lancer une initiative pour le cacao durable, tient aussi à augmenter le revenu des paysans.

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A Genève, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) encourage les pays producteurs de cacao à traiter la matière première sur place. Pour Mario Jales, économiste, les petits paysans doivent s’organiser pour pouvoir négocier collectivement de meilleurs prix. Il affirme que sans accès à des crédits, ces derniers se trouvent contraints d’accepter les prix que leur offrent les intermédiaires. «Ils doivent aussi se doter de structures pour stocker leur production et la vendre lorsque le prix est plus rémunérateur», affirme-t-il.

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