Trois pays africains – Ethiopie, Congo-Brazzaville et Tchad – ont obtenu mercredi un moratoire d’une année sur les services de leur dette auprès du Club de Paris qui réunit les pays industrialisés. A ce jour, ils sont 12 pays, africains pour la plupart, à bénéficier de cette suspension. Le paiement des intérêts ainsi différé porte sur 1,1 milliard de dollars. Cette mesure répond au G20, qui avait lancé en avril un appel pour aider les pays les plus pauvres à faire face au Covid-19.

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D’une part, les pays pauvres sont confrontés à des dépenses supplémentaires en matière de santé. D’autre part, leurs revenus ont dégringolé en raison de la faiblesse de la demande et du prix de leurs produits d’exportation. Ceux d’entre eux qui comptent sur l’argent de leurs concitoyens partis travailler à l’étranger ont vu également cette source se tarir ces derniers mois. Enfin, leur monnaie s’est dépréciée en raison de la fragilité de leur économie. Le FMI affirme que de nombreux pays étaient déjà proches de la banqueroute avant le Covid-19.

L’endettement de l’Afrique est estimé à 365 milliards de dollars, dont un tiers dû à la Chine, le seul pays qui a misé sur l’avenir du continent en finançant de grands travaux d’infrastructures. Pékin a promis des mesures de soulagement, mais elle les négociera séparément avec chacun de ses débiteurs. Durant les dix dernières années, les pays africains se sont fortement endettés, notamment auprès des marchés, sur la base de leur croissance élevée liée aux exportations de matières premières.

Cadeau suisse de 700 millions

En 2005, les pays riches et les institutions financières internationales avaient effacé une ardoise de 100 milliards de dollars. Pour sa part, la Confédération avait fait une remise de 700 millions de francs en 1991, à l’occasion de son 700e anniversaire. Dans le contexte du Covid-19, une coalition d’ONG suisses demande un nouveau geste: annuler 5,7 milliards de francs de dette contractée par 86 pays auprès de 40 banques helvétiques.

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«Nous saluons les moratoires, mais même une annulation de la dette pour les plus pauvres ne suffira pas», s’est plaint mardi le président du Niger, Mahamadou Issoufou, à l’adresse du groupe de travail mis en place par l’Union africaine sur le Covid-19. Pour lui, l’Afrique a besoin d’un plan Marshall comparable à celui que les Etats-Unis avaient mis en place pour la reconstruction de l’Europe à la sortie de la Seconde Guerre mondiale.

Plan de déconfinement économique mondial

Pour Papa Demba Thiam, économiste sénégalais et ancien cadre de la Banque mondiale à la division Afrique, moratoire ou annulation, il n’y a pas de cadeau car les débiteurs finissent toujours par payer. «Dans le contexte actuel, l’Afrique n’a pas d'autre choix que de contracter de nouveaux emprunts à condition de les utiliser pour fabriquer de la richesse, propose-t-il. L’argent doit servir à mettre en place des chaînes d’approvisionnement pour mettre en valeur les matières premières.» Selon lui, cela est possible grâce à des partenariats public-privé qui sauront mobiliser le financement.

Dans ce contexte, Papa Demba Thiam appelle à la mise en place d’un plan de déconfinement économique synchronisé mondial en termes d’investissements et de relance. Ce n’est de loin pas le cas à présent. Alors que les pays riches ont généré 9000 milliards de dollars pour réparer et relancer leur économie, les pays pauvres se retrouvent sans moyens.