«Je veux aider le Cameroun, mon pays.» Sanglé dans un costume impeccable, Pierre-Emmanuel Nkoya Ayissi explique qu'il est venu à Genève pour nouer des contacts et obtenir des fonds. Toutefois, aujourd'hui, ce n'est pas avec une agence de développement, mais avec un banquier privé qu'il a rendez-vous.

La société Ingeni Capital, qu'il vient de fonder avec deux associés, a lancé un fonds de capital-risque camerounais. Ingeni Capital n'est pas un cas isolé. «De plus en plus de fonds d'investissement dédiés à l'Afrique se créent, notamment en Afrique même», s'est félicité Amadou Kane, directeur Afrique de BNP-Paribas, qui s'exprimait à Genève dans le cadre du salon Ema sur l'investissement en Afrique.

L'un des plus grands d'entre eux, EMP Africa à Washington, gère 830 millions de dollars répartis dans des sociétés comme Telecel (téléphone mobile) au Burkina Faso ou Cosmivoire (alimentation) en Côte d'Ivoire. EMP Africa est en partie financée par la Banque mondiale et l'Agence française de développement (AFD). Un autre grand fonds d'investissement américain, Zephyr Management, a obtenu les deux tiers des 120 millions de dollars qu'il a investis en Afrique du Trésor américain.

Ce n'est pas le cas d'Ingeni Capital. La totalité de sa fortune, d'un milliard de francs CFA (2,4 millions de francs), a été apportée par des hommes d'affaires locaux. Cet argent a été utilisé dans trois jeunes pousses: un fabricant de médicaments génériques, une entreprise de confection et une mine de granit noir. Ingeni Capital cherche plus de fonds, notamment pour financer la mine.

Le contexte est favorable: l'Afrique subsaharienne est devenue la nouvelle frontière des fonds d'investissement et des hedge funds occidentaux en mal de rendement, a expliqué Cyrille Nkontchou. Sa société, AfricaLiquid, basée à Johannesbourg, vient d'intervenir sur l'augmentation de capital de 150 millions de dollars d'Ecobank, une banque cotée au Nigeria et présente dans 13 pays d'Afrique de l'Ouest. «Il y a beaucoup d'argent disponible, mais l'Afrique manque d'entreprises qui répondent aux critères des Occidentaux», souligne Cyrille Nkontchou. Les hommes d'affaires africains doivent encore apprendre à mieux se présenter et à frapper aux bonnes portes, d'après lui.

Il y a un autre problème. «Dès le départ, les fonds d'investissement exigent des garanties sur le moment de leur sortie et leurs plus-values», a expliqué Oumar Sylla, le responsable à Genève du développement de Teylium, un groupe diversifié en Afrique de l'Ouest. Ce souci est exacerbé par la difficulté de réaliser des introductions en Bourse en Afrique. C'est le mode de désengagement des fonds d'investissement. Certaines sociétés, notamment dans le secteur minier, contournent cet obstacle en se faisant coter à Londres.