L'Afrique est un grand fournisseur mondial de café, cacao, bois, fruits, légumes, mais aussi de diamant, or, pétrole, coltan, acier, cuivre, phosphate. Mais, paradoxalement, sa part dans les échanges internationaux est insignifiante. Au fil des années, son poids recule même. De 2,7% en 1990, il est passé à 2,1% en 2000 et à 1,7% l'année dernière. Malgré la libéralisation du commerce en cours en vertu de l'Accord de l'Uruguay Round, ses produits rencontrent toujours toutes sortes de difficultés: accès limité aux marchés, concurrence déloyale à cause des subventions en Europe et aux Etats-Unis, barrières tarifaires et non tarifaires. «Si les pays riches veulent nous aider dans le combat contre la pauvreté, ils doivent avant tout accepter une plus grande participation africaine dans le commerce mondial. La prochaine conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce à Cancun sera l'occasion de mesurer leur engagement», explique le Mauricien Jayen Cuttaree, président du groupe des ministres du Commerce de l'Union africaine à l'issue d'une série de consultations diplomatico-commerciales cette semaine à Genève. Entretien.

Le Temps: Les ministres du Commerce de l'Union africaine se sont réunis récemment à Maurice. Quels étaient leurs objectifs?

Jayen Cuttaree: C'était une première rencontre. Nous avons développé des positions communes sur les enjeux de la libéralisation du commerce pour le continent. Nous irons à Cancun pour défendre des mesures qui nous permettront de participer pleinement au commerce international dans un cadre multilatéral.

– Il y a donc une unité africaine naissante…

– Nos dirigeants comprennent mieux aujourd'hui la nécessité d'une telle unité que par le passé. Il est important qu'il y ait une seule position africaine même s'il y a des nuances sur certains sujets. Cette solidarité est nécessaire pour négocier avec les autres partenaires.

– Peut-on parler d'une nouvelle mentalité, plus combative?

– Oui. Il y va de l'avenir du continent. Nous appelons les pays avancés à comprendre nos préoccupations. La libéralisation du commerce nous est présentée comme la clé du développement économique et social. Faut-il encore que nous ayons les moyens de faire face à la concurrence des pays industrialisés et de certains grands pays en développement comme l'Inde et la Chine.

– Le Cycle de Doha est-il vraiment un cycle de développement?

– C'est là ou le bât blesse. L'amertume des pays africains vient du fait que dans les questions intéressant plus particulièrement l'Afrique, les négociations à Genève n'avancent pas comme on l'aurait souhaité. Certains disent même qu'elles n'avancent pas du tout. Pour l'Afrique, le statu quo n'est plus acceptable

– Quelles sont les pierres d'achoppement?

– L'accès aux médicaments d'abord. A Genève, on m'a toutefois assuré qu'un accord sera trouvé avant Cancun. Puis l'agriculture, où nous réclamons un plus grand accès aux marchés pour les produits africains, une révision de la politique de subsides et un démantèlement des barrières tarifaires dans les grands blocs commerciaux. Ensuite, il faut maintenir le régime de préférences pour les plus petites économies qui sont trop fragiles par rapport aux grands acteurs. A ce sujet, un pays pauvre peut devenir riche. Mais un petit pays ne deviendra jamais grand.

– Les pays d'Afrique de l'Ouest paraissent intransigeants sur le dossier coton. Qu'en pensez-vous?

– Il s'agit là d'un exemple flagrant où les subventions aux Etats-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe pénalisent la production africaine. Tout le continent revendique la fin de cette concurrence déloyale.

– Etes-vous donc partisan du commerce plutôt que de l'aide au développement?

– Mais les deux sont complémentaires. Il faut d'abord produire pour pouvoir vendre. Grâce à l'aide au développement – infrastructure, équipement, formation – nous pouvons améliorer notre production. L'Afrique demande toutefois une plus grande coordination de l'aide internationale pour augmenter son efficacité.