Le quotidien financier L'Agefi a attaqué en justice plusieurs médias romands, dont Le Temps. Dans une action civile intentée à Genève, Alain Fabarez, le patron de L'Agefi, de même que la société éditrice du quotidien, Agefi SA, et la société mère de cette dernière, Agefi Groupe SA, se plaignent d'actes de concurrence déloyale.

Selon la demande en justice, Le Temps et son directeur, Eric Hoesli, ainsi que la Tribune de Genève et le mensuel économique Bilan, auraient, entre janvier et avril 2004, orchestré une campagne de dénigrement à l'encontre de L'Agefi. Une première audience a été agendée au 17 décembre prochain.

La demande invoque plusieurs articles publiés à des intervalles rapprochés dans Le Temps, la Tribune de Genève et Bilan et qui, tous, à une période particulièrement critique sur le marché de la presse, auraient contribué à donner une image très négative d'Alain Fabarez lui-même, mais aussi du quotidien et de ses perspectives. L'embauche par Le Temps, durant ce même laps de temps, de deux cadres supérieurs de L'Agefi, Emmanuel Garessus et Pierre Veya, participerait également, selon les demandeurs, d'une volonté d'affaiblir le quotidien économique. «On ne peut pas faire n'importe quoi pour essayer de faire la peau à un concurrent», précise le patron du quotidien économique.

Les informations publiées sur L'Agefi auraient entraîné une forte baisse du cours de l'action d'Agefi Groupe, cotée en Bourse depuis 1999. Sur cette base, la demande fait état d'un dommage subi de 6,3 millions de francs pour Agefi Groupe et de 2,4 millions de francs pour son directeur. Selon plusieurs juristes, ce type d'attaque d'une société cotée contre la presse constitue une première en Suisse et pourrait, en cas de succès, limiter la liberté d'expression des journaux. Alain Fabarez ne partage pas ce point de vue: «Si les informations sont vérifiées et contrôlées, nous pourrons toujours dire des choses qui ne plaisent pas forcément. C'est ce que nous faisons depuis vingt-cinq ans et nous n'avons jamais eu de plainte.»

Outre la constatation de l'illicéité des comportements visés et la publication du jugement, la demande réclame solidairement la réparation du préjudice subi à toutes les personnes et entités attaquées, soit Le Temps SA, Eric Hoesli, la Société anonyme de la Tribune de Genève, Edipresse Publications SA – actionnaire unique de cette dernière et éditeur de Bilan –, Olivier Toublan – rédacteur de cette publication –, ainsi que Ringier SA, qui contrôle avec le groupe Edipresse la majorité du capital du Temps.

«Je suis très étonné par cette démarche, a réagi Eric Hoesli, directeur du Temps. L'Agefi, comme tous les titres, subit une année difficile du côté des recettes publicitaires. Mais je ne pense pas qu'en accuser le reste du monde de la presse, de Bilan à la Tribune de Genève, en passant par Le Temps ou Ringier, permette d'améliorer les choses. Cela ressemble à une réaction de panique irrationnelle.»

Dominique von Burg, rédacteur en chef responsable de la Tribune de Genève se déclare également «surpris» par cette action. Il estime que son journal n'a fait que son travail d'information, sans «aucune volonté de nuire à L'Agefi».

Pour leur part, les éditeurs Edipresse et Ringier réfléchissent à leur stratégie de défense.