L’été sera studieux pour les ministres des Finances de la zone euro et, au delà, de l’Union européenne (UE). Dès leur arrivée à Bruxelles lundi soir pour leur réunion mensuelle, les grands argentiers des dix-sept pays dotés de la monnaie unique ont confirmé que le chantier du plan d’aide aux banques espagnoles et celui des réformes décidées lors du sommet des 28 et 29 juin ne font que commencer.

Complications espagnoles

Luis de Guindos a de quoi irriter. Le ministre des Finances espagnol, qui avait promis pour lundi le détail du plan gouvernemental d’aide aux banques en difficulté, a finalement évoqué dès son arrivée à Bruxelles une nouvelle réunion ministérielle vers le 20 juillet.

Grave? Oui, au vu du niveau des taux espagnols à dix ans, à nouveau passés hier au-dessus des 7%. La France, de son côté, a emprunté lundi, pour la première fois de son histoire, à des taux négatifs. Paris rejoint le club fermé des pays européens qui bénéficient de rendements négatifs, avec l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande, l’Autriche, le Danemark et la Suisse.

Non, vu la complexité du futur mécanisme d’aide aux banques ibériques. Lesquelles pourront être recapitalisées directement par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) puis le futur Mécanisme européen de stabilité (MES), jusque-là seulement autorisés à prêter aux Etats placés sous perfusion conditionnelle de l’UE, tels la Grèce, le Portugal ou l’Irlande. La question du type de garanties apportées par les Etats de la zone euro fait ainsi toujours débat.

Les experts de la Commission veulent par ailleurs examiner «à la loupe» le plan de Madrid, afin d’obtenir des contreparties à l’aide européenne de 100 milliards d’euros maximum. Côté pile, l’Espagne n’aura pas à adopter de plan de réformes structurelles et bénéficiera d’une rallonge d’un an pour ramener son déficit à 3% en 2014, au lieu de 2013. Côté face, une surveillance communautaire du Fonds de restructuration bancaire (FROB) devrait être imposée. Avec audits réguliers à la clé.

L’union bancaire à négocier

La zone euro doit statuer au plus vite sur l’instauration d’une supervision bancaire commune, et sur les modalités futures d’intervention des fonds de secours qui seront assouplies.

Or l’équation, sur ces deux sujets, est à trois bandes. Elle se joue au sein de l’Eurogroupe, où la Finlande et les Pays-Bas renâclent. Elle implique les Vingt-Sept, puisqu’une union bancaire de la zone euro affectera le marché intérieur de l’UE. Elle est enfin très politique, car elle suppose de transformer la Banque centrale européenne (BCE) en superviseur. Et donc de trouver un compromis avec l’Allemagne, intransigeante sur son mandat.

Moralité: les ministres ont proposé hier soir la reconduction pour six mois à leur tête du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, et la nomination de son compatriote Yves Mersch au directoire de la BCE. Objectif? Accoucher d’un compromis franco-allemand qui pourra ensuite permettre au ministre Wolfgang Schaüble de s’installer aux commandes de l’Eurogroupe. Ils ont aussi confirmé l’actuel patron du FESF, l’Allemand Klaus Regling, à la tête du futur MES. Un coup pour résister à Berlin. L’autre pour rassurer.

Négociations avec la Grèce et Chypre

Les experts de la troïka reviennent de leur première mission à Athènes depuis les élections du 17 juin. Or le nouveau gouvernement d’Antonis Samaras a besoin de quelques concessions, tel un allongement des échéances de remboursement, pour convaincre la population. Résultat: un nouveau «paquet grec» doit être ficelé, en lien avec le «pacte de croissance» européen en gestation.

Chypre est, pour sa part, au tout début du chemin. Le premier examen, ce lundi, de sa demande d’aide pour ses banques devrait accoucher d’une promesse de soutien à hauteur de 5 milliards d’euros, et d’un processus d’évaluation. La zone euro veut aussi savoir ce que va faire la Russie, dont Nicosie espère obtenir un prêt en parallèle.