Développement

L’agriculture est délaissée par les investisseurs

Comment éliminer la faim dans le monde avec des investissements responsables? La question a été débattue jeudi à Fribourg

Paul Bulcke, patron de Nestlé, présent au congrès sur les investissements responsables dans l’agriculture qui a réuni 150 personnes jeudi à l’Institut agricole fribourgeois de Grangeneuve, n’a pas nié les faits. «La nourriture est gaspillée dans les pays riches, alors que des centaines de millions de personnes souffrent de la faim. Beaucoup d’agriculteurs ne sont pas propriétaires des terres qu’ils cultivent, et 40% des terres arables sont dégradées ou manquent d’un apport en eau.»

Des investissements massifs sont donc nécessaires pour nourrir la planète. «L’objectif est d’éliminer la faim dans le monde d’ici 2030, souligne Marcela Villareal, directrice des partenariats à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Pour cela, il faudrait investir 267 milliards de dollars (environ 259 milliards de francs) supplémentaires par année. Mais la qualité des investissements est aussi cruciale». Notamment pour limiter l’impact de l’accaparement des terres suite à l’augmentation du prix des matières premières dès 2007. Au Soudan par exemple les investissements étrangers dans l’agriculture ont augmenté chaque année de 23% pour atteindre plus de 250 millions de dollars par an. Ils sont principalement menés par les pays arabes, relève une étude de la FAO.

Dix principes directeurs

Une action méconnue, sous la forme d’un accord mondial non contraignant, est en place depuis octobre 2014. Il fixe 10 principes pour l’investissement agricole responsable, qui vont du développement économique durable à la promotion de systèmes alimentaires sains, en passant par le respect des régimes fonciers et la transparence des procédures.

Bernard Lehmann, directeur de l’office fédéral de l’agriculture, a participé à ces travaux. Il se souvient de la résistance d’un ministre d’un pays africain et d’un entrepreneur à des règles, même non contraignantes, pour des investissements responsables. «Ils ont tout de même dû admettre que le marché ne peut pas régler le problème de l’accaparement des terres», constate-t-il.

Paul Bulcke rappelle que les 400 usines de son groupe, pour la plupart en zone rurale, contribuent au développement de l’agriculture responsable. Il déplore que ce secteur ne recueille que 2% des dépenses mondiales de recherche et développement. Quant au directeur de la fondation Biovision, il estime que la solution doit venir d’une intégration des coûts réels, notamment l’impact environnemental (CO2-déchets), dans les prix de vente des produits agricoles.

Publicité