Le feu vert de l’Eurogroupe au plan de sauvetage bancaire présenté par Madrid n’a pas désamorcé la «bombe» espagnole.

Réunis vendredi par conférence téléphonique, les ministres des Finances des dix-sept pays dotés de la monnaie unique ont validé le mémorandum portant sur la restructuration du secteur bancaire ibérique. Lequel sera signé dans les prochains jours.

Ils ont aussi confirmé la constitution immédiate, par le Fonds européen de stabilité financière (FESF), d’une réserve de 30 milliards d’euros prête à être débloquée si la situation des banques se détériore. Un premier versement effectif de 45 milliards est sinon agendé pour novembre, sur une aide totale de l’UE pouvant aller jusqu’à 100 milliards. Le parlement allemand avait jeudi approuvé le plan d’aide à l’Espagne et les députés finlandais ont fait de même vendredi, permettant au gouvernement d’Helsinki de réaffirmer à la fois son exigence d’une forte conditionnalité et son attachement à l’euro.

Preuve de l’inquiétude ambiante au vu des manifestations de masse anti-rigueur qui se sont déroulées jeudi dans plusieurs grandes villes espagnoles, cette confirmation du sauvetage des banques (dont les besoins de financement sont estimés aux environs de 60 milliards d’euros pour un total de mauvaises dettes de 155 milliards à fin mai selon la Banque d’Espagne) n’a toutefois pas convaincu les marchés.

Alors que les taux souverains espagnols à dix ans sont depuis plusieurs jours repassés au-dessus du niveau très difficilement tenable des 7%, les bourses européennes ont fortement chuté hier. Celle de Madrid a plongé de plus de 5,8%, celle de Lisbonne de 3% et Paris de 2%. Sur fond d’annonce d’une forte augmentation du chômage en 2012 dans la péninsule (24,6%) et d’une quasi-faillite de la région surendettée de Valence, qui a appelé l’Etat au secours…

Conséquence: le suspense est relancé sur une possible intervention durant l’été du Fonds européen de stabilité financière sur le marché primaire ou secondaire de la dette souveraine espagnole. Une telle intervention, permise depuis un an par ses statuts, avait été appelée de ses vœux en juin dernier dans les colonnes du Financial Times par Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE) qui doit préalablement donner son aval.

Elle serait en plus conforme à la décision du sommet européen des 28 et 29 juin qui, malgré les réticences d’Angela Merkel, a donné son accord pour que le futur Mécanisme européen de stabilité puisse, une fois qu’il sera entré en vigueur (la Cour constitutionnelle allemande doit se prononcer le 12 septembre), acheter de la dette publique pour soulager les pays sous pression, ou recapitaliser directement les banques afin de «briser le cercle vicieux» de la crise.

La question, en revanche, est de savoir si une action du FESF, alors que le MES (son successeur permanent, doté de 80 milliards de fonds propres) n’est toujours pas en place, aurait un effet suffisamment dissuasif. D’autres observateurs, à la lumière de l’ampleur de la crise espagnole et des discussions attendues durant l’été sur un réaménagement du plan d’aide à la Grèce (où les experts européens s’apprêtent à retourner), estiment donc que la BCE ferait mieux d’intervenir elle-même sur le marché secondaire, comme elle l’avait fait de septembre 2011 à mai 2012.

Le suspense est relancé sur une intervention du Fonds européen de stabilité financière