La banque centrale islandaise (Sedlabanki) a dû se résoudre à demander une aide d'urgence vendredi. Confronté à une inflation qui approche actuellement les 12% en rythme annuel, l'institut d'émission a dû monter ses taux, au cours des derniers mois, à un niveau jamais vu de 15,5%. Ce qui n'a pas empêché la couronne islandaise de perdre 26% par rapport à l'euro depuis le début de l'année. En surchauffe jusqu'ici, l'économie de l'île risque maintenant de s'effondrer.

Crise du crédit

Tous ces indicateurs au rouge vif ne sont plus gérables avec les seuls actifs dont dispose la Sedlabanki. Les banques centrales suédoise, norvégienne et danoise ont par conséquent convenu avec elle de lui apporter chacune jusqu'à 1,5 milliard d'euros (2,4 milliards de francs) de facilités de crédit. «Dans une période d'incertitudes et de turbulences, les banques centrales ont la responsabilité de coopérer pour atteindre leurs objectifs», a estimé Stefan Ingves, gouverneur de la banque suédoise (Riksbank).

L'annonce a immédiatement fait rebondir la couronne islandaise de 4,7% sur le marché des changes. La faiblesse récente de cette devise s'explique par la crise du crédit. Les marchés craignaient que la banque centrale islandaise ne soit pas en mesure de venir au secours des banques commerciales locales si elles devaient connaître des difficultés. Les trois plus grands établissements affichent une somme de bilan de plus de 11400 milliards de couronnes islandaises (160 milliards de francs), soit neuf fois la taille du pays.

«Certains spéculaient sur notre capacité à réagir si un événement inattendu survenait, [l'accord passé avec nos homologues nordiques] va, je l'espère, lever tous les doutes», a commenté Arni Mathiesen, ministre des Finances islandais dans une interview téléphonique accordée à Bloomberg. Grâce à cette opération, les réserves en devises étrangères de la Sedlabanki, qui étaient d'un peu plus de 2,9 milliards de francs à la fin avril, sont presque doublées. Et la banque centrale va continuer à les accroître, notamment en vendant des obligations islandaises.

Peuplée de 313000 habitants, l'île a connu une croissance moyenne du produit intérieur brut (PIB) de 4% ces dernières années, avec un pic en 2004 à +7,7%. Le resserrement drastique de la politique monétaire a étouffé ce dynamisme, et les économistes s'attendent à ce que l'économie se contracte de 2,5% l'an prochain et encore de 1,5% en 2010.

La banque centrale s'attend à ce que l'inflation puisse être ramenée à 2,8% à cette échéance. Une prochaine décision sur les taux est attendue jeudi prochain.