L’épisode de ce début d’après-midi illustre bien la tension toujours entretenue sur les marchés autour de la crise des finances publiques grecques. Et les doutes au sujet de l’activation du plan de secours mis, dimanche, à disposition du pays par ses quinze partenaires de l’Union monétaire ainsi que par le Fonds monétaire international. La brève nouvelle apparue sur les agences d’informations – «Le ministère des finances grec envoie une lettre à la Banque centrale européenne, au FMI et à la Commission Européenne» – a suffi à sonner l’alerte. Et laissait entendre qu’Athènes était sur le point de requérir le déblocage de ces prêts de 45 milliards d’euros. Moins d’un quart d’heure plus tard, un responsable du ministère, interrogé par l’agence Bloomberg, a démenti toute demande d’activation du plan de secours, évoquant une simple lettre destinée à régler des formalités techniques.

Ces soupçons permanents résument l’attitude persistante des milieux financiers internationaux à l’égard de la République Hellénique. De nombreux opérateurs continuent de leur côté de parier sur le fait que cette aide aura des difficultés à être déployée. Ou sur le fait que le pays attendra que sa situation empire encore pour lancer son appel au secours. La partie «européenne» du plan – plusieurs prêts bilatéraux à 5% par an et totalisant 30 milliards – doit toujours recevoir le feu vert des parlementaires allemands, français ou irlandais. Leurs homologues néerlandais en discutent aujourd’hui. Mardi, la ministre des Finances française Christine Lagarde a indiqué qu’une décision devrait intervenir d’ici une semaine. En Irlande cependant, le processus pourrait prendre des mois.

Le FMI a annoncé qu’il enverrait lundi des représentants à Athènes pour discuter des conditions permettant un éventuel prêt. La Commission européenne enverra également les siens le même jour, à la demande des autorités grecques pour des discussions sur le mécanisme d’aide financière, a indiqué de son côté le commissaire aux Affaires économiques Olli Rehn. Selon l’agence de presse Ana, la Grèce veut notamment connaître les montants des prêts dont elle pourrait bénéficier après 2010 dans le cadre de cette aide.

Après avoir connu un court répit au lendemain de l’annonce d’un mécanisme de soutien prêt à être déployés, les taux d’intérêt exigés sur les emprunts grecs sont de nouveau plus contraignants: évoluant en milieu d’après-midi autour de 7,2% ces derniers sont proches des records atteints il y a une semaine. Ces doutes ont déteint sur la valeur de l’euro, qui décline à 1,3543 dollar. Sur le marché des CDS, des instruments utilisés pour se protéger contre le risque des prêts à la Grèce – mais également pour spéculer sur l’aggravation de la situation – le coût de l’assurance contre un défaut du pays se rapproche lui aussi des records de la semaine dernière. L’influence d’un petit nombre d’opérateurs peut d’autant mieux affoler les taux d’intérêt que «la liquidité du marché des GGB [ndlr: les emprunts grecs], déjà difficile, oppose désormais une formidable barrière à toutes transactions», observe Ciaran O’Hagan, spécialiste de la Société Générale à Paris. Selon ce dernier, cette situation «n’est pas faite pour inspirer confiance à aux éventuels investisseurs étrangers envisageant de détenir des emprunts grecs à long terme», poursuit ce dernier.

Profitant de l’accalmie de mardi, Athènes en avait profité pour lancer un emprunt «test» de 1,6 milliard d’euros sur les marchés – à un taux moyen de 4,70% – qui avait suscité l’intérêt d’un nombre suffisant de souscripteurs. L’argent obtenu reste cependant peu représentatif des besoins financiers du pays. Ce dernier doit encore emprunter 11,6 milliards d’euros d’ici fin mai, afin de pouvoir rembourser d’autres prêts arrivant à échéance. Ensuite il aura besoin de trouver 20 milliards supplémentaires d’ici à la fin de l’année, afin de continuer à financer son déficit public.