Aide humanitaire et entreprise: opposition ou synergie? C'est la question que tout le monde se pose. C'est donc sur ce thème que Karin Hagemann, directrice de la Fondation Projet HOPE en Suisse, a choisi de présenter mercredi les activités de l'organisation lors d'une conférence du Business Club de Genève. Créé en 1958 aux Etats-Unis par William Walsh, et connu pour ses programmes d'amélioration des systèmes de santé à travers le monde, le projet HOPE (acronyme de l'anglais «Health Opportunities for People Everywhere») a une philosophie très simple: «Allez seulement là où vous êtes invité, et aidez les gens à s'aider eux-mêmes.» En d'autres mots, même si HOPE est également présent dans l'aide humanitaire d'urgence, l'accent est mis sur l'autosuffisance et la durabilité des efforts entrepris.

L'idée de partenariats entre l'humanitaire et le privé est encore relativement récente, comme l'ont montré au mois de novembre le sommet à Lyon de la CNUCED (Conférence des Nations unies pour le Commerce et le Développement) sur le rôle des partenariats dans le développement, et plus récemment l'initiative de Gro Harlem Brundtland dans la lutte contre le tabac. Mais comme le démontre HOPE, qui fonctionne essentiellement sur ce principe, le potentiel existe. Karin Hagemann est d'ailleurs bien placée pour le savoir: ex-consultante dans le secteur privé, c'est en enquêtant en Suisse il y a deux ans sur les possibilités de coopération entre les entreprises et le secteur humanitaire qu'elle a commencé à travailler pour HOPE. Sur la vingtaine d'entreprises interrogées, toutes étaient présentes dans l'aide l'humanitaire. Les montants donnés par les multinationales suisses s'élèvent aux alentours des 7 ou 8 chiffres, une statistique plus difficile à obtenir qu'aux Etats-Unis, qui bénéficient de la déduction de l'impôt sur les donations.

Créé en 1991, le projet HOPE en Suisse est une fondation de droit privée, autonome du réseau mondial de l'organisation. Soutenue par un Conseil de Fondation et un Conseil de soutien, HOPE Suisse finance principalement des projets en Europe de l'Est et en Europe centrale (Bosnie, partiellement financée par le gouvernement suisse qui a donné l'année dernière 400 000 francs, et Pologne, financée entre autres par la fondation Medtronic, l'Hôpital de la Tour à Genève et Essex Chemie à Lucerne). L'organisation ne manque pas d'idées pour financer ses projets. Le premier tournoi de golf de charité organisé par HOPE Suisse au mois d'octobre dernier a été un franc succès: plus de 60 000 francs ont été levés grâce au sponsoring de diverses PME, multinationales et particuliers.

Les synergies entre l'humanitaire et le privé existent, c'est indéniable. Mais s'il est légitime pour les organisations humanitaires de mettre l'accent sur le facteur émotionnel des entreprises, il ne faut pas pour autant oublier leurs côtés «gestion» et «raison». «Ce qui est interdit pour une entreprise, c'est le gaspillage, souligne Karin Hagemann. Toute activité en dehors de son activité principale doit avoir des résultats concrets. C'est donc aux organisations humanitaires de les montrer.»