Oxfam, le groupe de pression international, sait frapper les esprits: 45 millions d'enfants ne survivront pas d'ici à 2015; 97 millions de gosses n'iront pas à l'école; 53 millions de personnes seront privées d'accès à la santé et, enfin, 247 millions d'Africains de plus devront se débrouiller avec moins de un dollar par jour. Ce scénario catastrophe n'est pourtant pas inéluctable. Dans Le prix à payer, une étude publiée lundi, Oxfam appelle les pays nantis à respecter leur promesse faite en 2000 d'augmenter leur aide à 0,7% du produit national brut et de réduire de moitié la pauvreté dans le monde, dans le cadre des Objectifs du millénaire. «Aujourd'hui, le niveau d'aide a baissé de moitié par rapport aux années 60: 0,24% du produit national brut en 2003, contre 0,48% en 1960-1965», relève Oxfam.

L'organisation tiers-mondiste donne d'emblée la réplique aux sceptiques qui estiment que quarante ans d'aide n'ont pas amélioré le sort des pauvres. «L'histoire a démontré que la lutte contre la variole a été un succès, que le Mozambique, pays brisé par 25 ans de guerre civile, est en reconstruction. Mais surtout, après la Seconde Guerre mondiale, le fonds Marshall de 75 milliards de dollars a sorti 16 pays européens du marasme», explique Oxfam. Et d'ajouter: «Aujourd'hui, l'aide au développement doit aller de pair avec une amélioration de sa qualité et de son utilisation.» Les pays bénéficiaires doivent faire un effort particulier dans la transparence et la bonne gouvernance.

Les pays donateurs ne sont pas sans reproches non plus. L'aide est souvent accordée pour des motifs politiques. Ainsi, les bénéficiaires majeurs de la générosité américaine sont l'Egypte et Israël, et ceux de la France sont la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie. Oxfam dénonce aussi l'aide liée: 30% de dons faits par le G7 (les sept puissances industrialisées) sont conditionnés à l'achat des biens dans ces pays. Les auteurs soulignent aussi le poids de la gestion de l'aide. Ils racontent qu'en 2002-2003, le gouvernement tanzanien a dû accueillir 275 missions d'évaluation des donateurs, dont 123 de la Banque mondiale. Dans 52% des cas, les pays hôtes ont passé un temps «excessif» à rédiger des rapports selon les normes établies par les bailleurs de fonds. Ensuite, dans 70% des cas, l'aide arrive à bon port, mais avec au moins une année de retard.

Augmenter l'aide au développement ne suffit pas. Selon Oxfam, l'annulation de la dette de 32 pays les plus pauvres est impérative. En 2003, ces derniers ont consacré 39 milliards de dollars au service de la dette, soit 100 millions de dollars par jour. Durant cette même période, ils ont encaissé 27 milliards d'aide. La Zambie dépense plus d'argent à rembourser ses créances que dans l'éducation. Oxfam affirme que le coût de l'annulation de la dette serait minime pour les pays riches: 2,10 dollars par habitant et par an durant dix ans. L'étude appelle également le Fonds monétaire international à réévaluer son or et affecter l'excédent de la valeur, près de 30 milliards de dollars, à un programme de désendettement.

Définir des priorités

En 2000, les pays riches s'étaient engagés à consacrer 0,7% de leur PNB à l'aide au développement, soit 120 milliards de dollars de plus. «Il ne s'agit pas de charité, mais de responsabilité et de justice. La pauvreté est une menace à la prospérité et à la sécurité de toute la planète.»

Mais où trouver cette somme massive alors même que les pays donateurs se trouvent dans des situations financières difficiles, que l'opinion publique est gagnée par une certaine «aid fatigue» et que dans certains cas, des parlements nationaux doivent se battre pour maintenir les montants actuels? Jean Favre, l'un des responsables au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) répond: «La pénurie des ressources ne doit pas devenir un alibi pour ne rien faire. Les politiques doivent définir les priorités. Aujourd'hui, nous jouissons tout de même du revenu le plus haut dans toute l'histoire de l'humanité.»