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La hausse des taxes carbone mettrait en danger les avions à bas coût.
© Srdjan Zivulovic/Reuters

L’invitée

Laissons une place à Lucas dans l’utopie verte!

Le petit Lucas, prénom imaginaire donné à l’adorable nouveau-né, dont la photo orne les affiches de l’initiative «Pour une Economie Verte», ne peut que nous émouvoir

Comment exprimer des doutes sur le projet, sans tomber dans le camp des grincheux, des consuméristes inconscients et des capitalistes égoïstes en «guerre contre la nature»?

Imaginons que Lucas ne soit plus un nourrisson, mais un adolescent de 15 ans. Difficile pour Lucas de savoir où il sera et ce qu’il fera en 2050. Aujourd’hui, il ne sait même pas s’il dîne à la maison le soir même, ou s’il sort avec des amis et où. Mais, pour lui, ce n’est pas un problème, car, grâce à WhatsApp, il peut prendre sa décision au dernier moment. C’en est plutôt un pour sa mère qui, par souci d’économie d’énergie, a renoncé au congélateur et au sèche-linge, et ne peut donc fournir au dernier moment, un repas improvisé sain à base de légumes bio, ou pantalon et t-shirt propres pour sortir. Si on doit économiser en 35 ans 65% de dépenses en ressources naturelles, ou plutôt réduire d’autant nos émissions de CO2, Lucas va devoir apprendre à s’or-ga-ni-ser. Une révolution des mentalités à contre-courant de la flexibilité permanente adulée par nos jeunes.

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Pour que cet objectif ambitieux soit atteint, suffirait-il alors que nos conseillers fédéraux et nos parlementaires «décident des étapes et des mesures nécessaires pour rendre notre économie durable d’ici à 2050»? Devraient-ils par exemple voter une augmentation drastique de la taxe CO2 qui passerait de 84 francs à 350 ou 400 francs la tonne?

Lucas devrait sans doute renoncer à son projet d’apprentissage dans une entreprise de chimie à Bâle. Parce que, à ce tarif-là, l’industrie chimique, gros «pollueur payeur», délocaliserait vite ses unités de production. Alternativement, imaginons qu’il soit intéressé à construire des chalets Minergie à ossature bois. Mais où trouver le bois, si des quotas stricts protégeaient nos belles forêts? Certainement pas dans les forêts tropicales menacées de destruction!

Lucas devrait alors abandonner ses rêves de menuisier. Son idée d’apprentissage dans une ferme d’élevage serait aussi assez compliquée à réaliser. Parce qu’il n’y a pas pire empreinte CO2 que celle laissée par la consommation de viande de bœuf et que l’élevage devrait être considérablement réduit par des quotas. Et plus question pour lui d’aller rendre visite vite fait à ses amis par easyJet en Espagne ou au Portugal! Car l’augmentation des taxes carbone aériennes aura fait disparaître les compagnies low cost. En attendant la commercialisation d’avions Solar Impulse, il ne resterait plus à Lucas qu’à partir faire un tour du monde à bicyclette.

Du dirigisme écologique au dirigisme économique

En 2011, les Allemands se sont engagés, par voie législative, dans la transition énergétique, Ils se sont fixé l’objectif de passer de 20% d’électricité issue d’énergies renouvelables à 80% d’ici à 2050. La planification de la production nationale d’énergie a entraîné la planification de la construction des réseaux, dans le cadre d’une planification européenne. Le plus gros problème du courant renouvelable est celui de son transport du lieu de production à son lieu de consommation. D’ici à 2024, l’agence fédérale des réseaux allemands, la Bundesnetzagentur, demande, par le biais d’appels d’offres, la mise en conformité de plus de 3000 km de câbles existants et la mise en chantier de plus de 2750 km. Mais la planification n’a pas résolu le problème du CO2 car, pour sortir du nucléaire dès 2022, les Allemands ont été par ailleurs contraints de relancer leurs centrales à charbon, ce qui a eu pour effet l’augmentation drastique des émissions…

E.ON, le plus grand producteur d’énergie allemand, a perdu 7 milliards d’euros en 2015. En effet, la société a été forcée par la loi d’acheter à des prix exorbitants de l’énergie solaire et éolienne aléatoire et de la revendre à perte sur les marchés d’électricité. Et quid des producteurs d’énergie solaire? Les trois quarts de l’industrie allemande de production de panneaux solaires ont fait faillite, comme Q-Cells, First Solar, Solar Millenium, Solon… Ils s’étaient développés grâce à des subventions qui ont été réduites au moment où ils ont dû faire face à la concurrence chinoise. Démunis de la seule vraie boussole en économie de marché, la vérité des prix mondiaux, ils sont tombés en surcapacité productive.

Innovation et responsabilité écologique individuelle sont les moteurs d’une économie libre et durable

Le dirigisme écologique débouche sur le dirigisme économique. La transition énergétique ne réussira pas à coup de mesures de planification économique, de quotas, d’amendes et de distributions de subventions, mais grâce à des innovations performantes et une mobilisation consciente et responsable de chacun. L’économie de marché concurrentielle est la seule à pouvoir assurer à la Suisse un développement durable et, accessoirement, un avenir à Lucas.


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