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«L’ajout d’un «Swiss finish» pénalise la place suisse»

Daniel Sandmeier, président sortant de l’Association suisse des produits structurés (ASPS), dresse un bilan de son mandat. Il expose en détail les derniers développements réglementaires, en particulier sur la loi sur les services financiers

«L’ajout d’un «Swiss finish» pénalise la place suisse»

Réglementations Daniel Sandmeier, président sortant de l’Association suisse des produits structurés (ASPS), dresse un bilan de son mandat. Il expose les derniers développements réglementaires, en particulier sur la loi sur les services financiers

Daniel Sandmeier vient d’annoncer son intention de se retirer de la présidence de l’Association suisse des produits structurés.

Le Temps: Vous êtes président de l’Association suisse des produits structurés (ASPS) depuis 2010. Pourquoi vous retirez-vous cet automne?

Daniel Sandmeier: Je suis membre du comité depuis huit ans et président depuis quatre ans. L’association a été créée en 2006, dans le sillage de la révision de la loi sur les placements collectifs et à un moment où personne n’attendait la période troublée qui a suivi.Je l’ai présidée depuis 2010.Je crois pouvoir dire que nous avons beaucoup investi dansle transfert de savoir, dans le renforcement de la transparence et l’établissement de standards.Et nous venons d’annoncer la communication volontaire des commissions de vente desémetteurs, dans le cadre del’ASB. Le moment me paraît bien choisi pour transmettre le témoin et me réjouir de nouveaux défis.

– L’industrie des structurés aurait-elle pu mieux gérer la crise?

– Le travail n’est jamais terminé. Mon successeur poursuivra sans doute sur la même voie. L’industrie des structurés est très innovante et dynamique. Nous avons mis l’accent sur le savoir et la formation et nous préparons de nouveaux outils éducatifs (après la carte des dérivés suisses, le vade-mecum, le guide des structurés, le test de savoir sur le site internet et les vidéos explicatives).

A l’avenir, comme ces dernières années, l’association devra consacrer beaucoup de temps aux réglementations. La tâche consistera à trouver, avec l’administration, des solutions susceptibles d’être mises en œuvre sans pénaliser la branche. La protection des investisseurs est importante. C’est l’objectif premier de la loi sur les services financiers. Mais le meilleur instrument de protection des investisseurs, c’est le transfert de savoir. La protection ne peut pas se traduire par l’interdiction de produits. La diversité et la concurrence sont des atouts à préserver.

– Un certificat de formation sera-t-il introduit pour les employés de banque?

– Fidleg exige que les conseillers disposent de connaissances suffisantes en termes de règles de comportement et de compétences spécifiques. Les conseillers devront être inscrits dans un registre central. Une formation certifiée ne sera pas exigée pour être inscrit dans ce registre. Les sociétés devront toutefois s’assurer que tous leurs collaborateurs disposent des capacités, connaissances et expériences nécessaires.

– Que pensez-vous de la loi sur les services financiers?

– Les exigences de documentations précisées par Fidleg sont pour l’essentiel déjà remplies dans les structurés. Le «prospectus simplifié» est un document qui décrit déjà les principales caractéristiques d’un produit. Avec Fidleg, il sera poursuivi sous la forme d’une feuille d’information de base qui doit garantir la comparaison entre les produits. C’est positif, comme l’objectif de base, qui consiste à protéger l’investisseur et qui appartient aussi à nos principes et nos intérêts. Il ne doit pas mener à des interdits ou une réduction de la concurrence. Dans les affaires transfrontalières, les nouvelles règles ne devraient pas compliquer inutilement l’accès des produits étrangers en Suisse et permettre la vente de produits suisses à l’étranger. Sous cet angle, il serait important que les règles portant sur les documents soient équivalentes à celles de l’UE. Il s’agit d’éviter les conflits avec le droit européen et de ne pas produire son propre document d’information (BIB/PIB/KIID). Les banques internationales n’ont aucune envie de présenter des documents différents sur chaque marché. La réglementation rend l’investissement onéreux pour l’investisseur et réduit son rendement.

– Quelle est la taille du marché transfrontalier dans les structurés?

– Une banque suisse qui commercialise ses produits à l’étranger doit aussi tenir compte de clients domiciliés à l’étranger et comptabilisés en Suisse. Nous devons par exemple fournir un PIB aux clients allemands enregistrés en Suisse parce que les clients allemands doivent en obtenir un. Nous importons déjà le droit étranger.

– Le «Swiss finish» est-il vraiment nécessaire?

– Le marché suisse n’a rien à gagner d’une couche de suissitude réglementaire supplémentaire. Il est illusoire de croire que les produits et services suisses seraient de ce fait plus attractifs aux yeux des investisseurs étrangers ou leur ouvriraient davantage les portes du marché européen. Les inconvénients d’un «Swiss finish» l’emportent sur leurs avantages, tant pour les sociétés financières suisses (coûts accrus) que pour les investisseurs suisses (choix plus restreint de produits étrangers en raison de standards accrus).

– La transparence des coûts va-t-elle être garantie en Suisse?

– Nous avons décidé, en coopération avec l’ASB, de publier les commissions de vente sous une forme autorégulée à partir de mars prochain. La Finma a approuvé le procédé. L’association veut ainsi montrer sa volonté de transparence et indiquer la rémunération obtenue par le conseiller. Il est possible d’aller au-delà. En Allemagne, une solution a été introduite dès mai 2014 (Issuer Estimated Value) qui n’a pas pu obtenir un consensus en Suisse. L’ASPS participe aux discussions avec l’association européenne. Nous aimerions qu’émerge un calcul identique pour toute l’UE.

– Ce calcul de coût est-il reconnu scientifiquement?

– L’Issuer Estimated Value représente le coût estimé par l’émetteur. Ce dernier informe le client de la valeur qu’il attribue au produit au moment de l’émission. S’il est émis à 100, l’émetteur indique par exemple une valeur théorique de 99. Le client comprend que la différence couvre les coûts de distribution et de production ainsi qu’une marge. Mais il n’est valable qu’au jour de l’émission. Si toutefois vous demandez l’IEV à trois émetteurs, vous obtiendrez trois chiffres différents. Les coûts de financement de chaque banque diffèrent, ainsi que leurs hypothèses sur la volatilité, les corrélations, la propension au risque de la banque. Il ne peut y avoir un prix scientifique valable pour toute la durée du produit. Le coût ne sera connu qu’à l’échéance. L’important pour moi est de tenter de rendre transparents les coûts inhérents à un produit. Nous sommes persuadés que nos produits sont concurrentiels.

– Lorsque vous avez été nommé président, la force du structuré résidait dans sa flexibilité, sa commercialisation rapide et les coûts n’étaient pas au centre, non?

– Les atouts restent identiques. Nous sommes complètement transparents. Nous disons aujourd’hui au client ce qu’il reçoit à l’échéance selon son scénario. Je ne peux pas en dire autant avec un fonds de placement géré activement.

Ces dernières années, l’industrie a aussi vu apparaître des plateformes d’émission de produits sur mesure en quelques secondes à partir de 10 000 francs. Auparavant, une émission individuelle débutait à partir d’environ 2 millions de francs. L’accent a été porté sur l’automatisation et l’amélioration des canaux de distribution ces quatre dernières années.

– Pourtant la part des structurés a décliné dans les portefeuilles. Pourquoi?

– Depuis un an, la part des structurés n’est plus seulement stable mais en augmentation de quelque 10 milliards de francs. Le creux de la vague a été dépassé. Mais la crise s’est traduite par une grande prudence de l’investisseur. La recherche de produits adaptés n’est pas facile avec des taux aussi bas. Et les actions ne sont pas bon marché. Les structurés permettent de générer un rendement très supérieur aux obligations. Les coupons ne sont plus souvent au-delà de 10%, mais ils restent élevés relativement au niveau des taux de comptes bancaires ou d’autres investissements défensifs.

Mais le meilleur instrumentde protectiondes investisseurs,c’est le transfertde savoir

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