Un peu plus d’un an après avoir levé des fonds de manière innovante, LakeDiamond se trouve au bord de la faillite. La start-up vaudoise n’a jamais produit autant de diamants de synthèse que prévu et traverse une crise de liquidités qui risque de lui être fatale. Un conflit entre investisseurs bat son plein, l’un d’eux a récemment déposé une plainte.

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En octobre 2018, LakeDiamond lançait une initial coin offering (ICO), c’est-à-dire une émission de jetons numériques permettant aux investisseurs de recevoir une partie des revenus de la start-up vaudoise. L’opération, soutenue par la banque en ligne Swissquote, avait fait l’objet d’articles dans toute la presse romande, y compris dans ce journal. Puis rien ne s’est passé comme prévu et LakeDiamond a annoncé son surendettement le 22 janvier, a appris Le Temps.

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La jeune pousse issue de technologies développées à l’EPFL ambitionnait alors de lever 60 millions de francs pour financer son développement. Ses diamants de synthèse à destination de l’industrie devaient toucher des marchés estimés à plus de 20 milliards de francs sous les quatre ans. L’entreprise ne lèvera finalement que 5 millions de francs et ses projections de production ne seront pas tenues.

Doutes sur la maturité de la technologie

C’est que sa technologie, présentée comme étant proche du stade industriel, n’était en réalité pas suffisamment mature, avancent aujourd’hui des investisseurs mécontents. Selon eux, elle ne permettait pas de fabriquer des diamants d’un carat comme prévu. Une affirmation que réfute le directeur général, Pascal Gallo: «La taille brute maximale pouvait dépasser un carat, mais nous n’avions pas besoin d’atteindre cette taille, car les pièces qu’on nous commandait pour de la micromécanique ne dépassaient pas quelques micromètres d’épaisseur.»

Compris entre 400 et 500 000 francs, le chiffre d’affaires est resté inférieur aux prévisions, faute de commandes aussi. Et la majorité de ces revenus ont été utilisés pour de la recherche et développement, précise Pascal Gallo. Selon lui, l’erreur a été de vouloir développer d’autres activités en plus de la micromécanique, à savoir des lasers et de l’électronique de puissance. Ce qui a, toujours selon le fondateur de LakeDiamond, épuisé les ressources financières tout en limitant les revenus.

Salaires à plus de 15 000 francs

D’autres sources dénoncent des dépenses inconsidérées, comme des salaires mensuels à plus de 15 000 francs pour la direction de l’entreprise et des déplacements en business class. «Les salaires étaient raisonnables compte tenu des circonstances», répond aujourd’hui Pascal Gallo, sans se prononcer sur leur niveau, mais en précisant ne s’être plus versé de rémunération depuis sept ou huit mois et avoir globalement perdu de l’argent dans le projet.

De 20 collaborateurs à son maximum, LakeDiamond n’en comptait plus que trois ou quatre ces derniers mois (et désormais aucun). Certains attendent toujours le versement de salaires en retard. Deux des trois administrateurs ont «quitté le navire» ces dernières semaines, selon les mots du directeur général, qui demeure le seul membre du conseil d’administration.

Ce dernier reconnaît que des frais ont largement dépassé les prévisions: ceux de marketing et ceux découlant des aspects légaux (constitution du dossier pour la Finma, rédaction du prospectus d’émission). Le coût de l’ICO se compte «en centaines de milliers de francs, bien plus que ce qu’avançaient les deux ex-employés venus avec l’idée de lancer une ICO, une idée que nous avions d’ailleurs trouvée excellente», poursuit Pascal Gallo.

Plainte

L’un de ces ex-collaborateurs avait également trouvé des investisseurs, dont l’un a récemment déposé une plainte contre LakeDiamond. Ce dernier estime en substance que lorsqu’il a acheté des jetons numériques de la start-up, l’opération revenait à octroyer un prêt à l’entreprise, prêt dont il réclame remboursement. Ce que conteste Pascal Gallo.

Enfin, les conditions de l’ICO sont également au cœur d’une bataille. Certains investisseurs affirment que leur droit à recevoir une partie des revenus de l’entreprise n’était pas garanti sur le plan juridique. «Des détenteurs de jetons ont reçu une partie de nos revenus, répond enfin le directeur de LakeDiamond. D’ailleurs, ils sont admis à la faillite.»

La banque Swissquote, qui a récemment suspendu la cotation des jetons LakeDiamond, indique que LakeDiamond a levé un peu plus de 2 millions auprès de ses clients. Une porte-parole relève que depuis 2018, année du lancement de l’ICO de LakeDiamond, peu de levées de fonds de ce type ont atteint leurs objectifs. Quant aux doutes sur les droits des investisseurs dans l’ICO de LakeDiamond, Swissquote souligne qu’investir dans une start-up reste risqué, quelles que soient les formes de cet investissement.