C'est «un problème européen qui appelle une réponse européenne». Pour Wolfgang Schüssel, le chancelier autrichien qui s'exprimait la semaine passée au Parlement européen, une priorité s'impose aujourd'hui à l'Europe: la politique énergétique. Ouverte par un bras de fer entre la Russie et l'Ukraine sur le prix du gaz, qui a affecté les clients européens de Gazprom, 2006 promet de placer la question de l'approvisionnement en gaz au centre des préoccupations. L'actualité se charge de rappeler quotidiennement aux Européens qu'il y a urgence: dimanche, l'Italie enregistrait pour le sixième jour d'affilée une baisse des livraisons de gaz russe. Aux différends économico-politiques qui agitent Moscou et ses voisins immédiats, s'ajoutent les problèmes techniques liés à la vague de froid qui sévit à l'est du continent. Rome vient d'être contrainte de puiser dans ses réserves.

Jusqu'à présent, la politique énergétique européenne en matière d'approvisionnement en gaz - dont les deux tiers proviennent de Russie - est restée embryonnaire. Freinée par les susceptibilités nationales, l'UE s'est surtout limitée à travailler à la libéralisation de son marché intérieur. Si la hausse des prix du pétrole a incité Bruxelles à organiser des stocks stratégiques d'or noir en Europe, rien de tel pour le gaz. Or, si certains pays comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas et le Danemark produisent du gaz, d'autres comme la Finlande ou la Slovaquie dépendent pour 100% de leur consommation des exportations russes. Jusqu'à il y a peu, certains, comme la Grande-Bretagne, se refusaient à imaginer une politique intégrée en matière énergétique, mais Tony Blair a levé cet obstacle au Sommet de Hampton Court en octobre, appelant lui-même à la concertation européenne.

L'Autriche, qui préside l'UE, veut agir vite et consacrer le Sommet européen de mars à la question. Il faut dire que Vienne dépend à 70% des fournitures de Gazprom. Son ministre de l'Economie, Martin Bartenstein, a fait des propositions à ses partenaires européens: «Des stocks doivent être créés, a-t-il affirmé la semaine passée, pour faire face à des coupures de deux mois.» Il veut aussi augmenter le volume de transport du gaz naturel liquéfié (GNL) qui arrive par bateau, notamment d'Asie centrale, vers l'Union. D'ici à 2010, espère le ministre autrichien, les capacités de transport devraient être multipliées par cinq. La Pologne a annoncé en début d'année déjà la construction de nouvelles infrastructures portuaires.

Il s'agit, enfin, d'accélérer la mise en place de nouvelles voies d'approvisionnement. Aujourd'hui, par exemple, 80% du pétrole russe destiné à l'UE transite par la même voie. Vienne voudrait donc voir démarrer rapidement le pipeline Nabucco, dont l'achèvement est prévu pour 2020, qui doit permettre l'acheminement du gaz de la Caspienne et du Moyen-Orient vers l'Europe en passant par la Turquie puis l'Autriche. La Hongrie a estimé qu'avec quatre milliards d'euros, elle pourrait faire construire un pipeline pour transporter le GNL de l'Adriatique vers le centre de l'Europe. Côté russe, on a promis de diversifier ses routes: «Blue Stream», qui passe sous la mer Noire, a été inauguré en novembre et les travaux de construction d'un gazoduc qui reliera la Baltique à l'Allemagne viennent de débuter.

L'alarme autour du gaz réveille d'autres politiques européennes en veilleuse: le commissaire Joaquin Almunia et le président de la commission européenne José Manuel Durao Barroso ont déclaré coup sur coup ces derniers jours que le nucléaire devait retrouver sa place au cœur des plans européens.