L’alcool de luxe, symbole de la corruption en Chine

Politique Xi Jinping, le nouvel homme fort de Pékin, veut redorer le blason du parti

Après la violente glaciation qu’il vient de connaître, le marché chinois des alcools de luxe a-t-il une chance de rebondir? Poser cette question, c’est se pencher sur celle, éminemment politique, des objectifs que s’est assigné le pouvoir central. Et sur ce point, difficile de croire que les restrictions mises en place vis-à-vis de la corruption et des comportements ostentatoires des officiels vont être rapidement levées.

Ce que certains avaient interprété, au début, comme une campagne courte visant à envoyer des signaux forts à l’opinion publique s’avère être au cœur de la stratégie de Xi Jinping, le chef de l’Etat. Convaincu que la corruption menace jusqu’aux fondements de la légitimité du pouvoir chinois, le nouvel homme fort de Pékin veut à tout prix redorer le blason du Parti communiste.

Saine gestion

Un bon connaisseur de la politique chinoise s’avoue sceptique quant à la possibilité d’un relâchement: «Pour l’instant, le pouvoir a besoin de continuer à démontrer sa détermination. Tant que la campagne anti-corruption n’aura pas fait tomber sa cible principale, rien ne changera.»

Une référence à Zhou Yongkang, l’ancien homme fort des services secrets. La plupart des pointures du régime qui ont été ciblées ces derniers mois par la campagne anti-corruption faisaient partie de son réseau. Mais lui n’est pas encore tombé et dispose de soutiens politiques à très haut niveau.

Au-delà de la communication politique, il y a aussi, tout simplement, des principes de saine gestion des finances publiques. Alors que la Chine découvre que son endettement constitue une réelle menace pour son avenir économique, Pékin se doit d’obliger les fonctionnaires à des comportements plus raisonnables.

Ce professeur de faculté se souvient: «Auparavant, lorsque nous avions des réunions à Pékin, le budget était illimité, certains buvaient des alcools chers et se faisaient payer des hôtels luxueux. Maintenant, le plafond est en général de 450 yuans (environ 50 euros) par personne et par jour, logement compris. A table, il y a un peu de bière et parfois du vin.»

La meilleure preuve de la profondeur du changement, ce sont les producteurs chinois d’alcool de luxe (baijiu) qui l’ont apportée. Moutai, le plus prestigieux d’entre eux, qui dépendait pour 40% de ses revenus des fonctionnaires en 2012, a vu ses prix de vente fondre d’un tiers. Il vient d’entamer une stratégie d’internationalisation de son marketing, espérant séduire les palais occidentaux avec sa boisson extrêmement forte et au goût plus que surprenant pour la plupart des néophytes. Un pari ambitieux, qui témoigne du faible optimisme qu’ont les dirigeants du groupe vis-à-vis de leur marché d’origine.