Commerce

L’Alena 2.0 ne résout pas la question de l’acier

Les Etats-Unis et le Canada ouvrent la porte au lait en poudre mais reportent les négociations sur l’aluminium et l’acier. L’industrie automobile américaine, elle, devra s’assurer que les Mexicains soient mieux payés

En Amérique du Nord, le nouvel ordre commercial ressemble à s’y méprendre à l’ancien ordre commercial. Dimanche soir, après onze heures de négociations, le Canada a accepté sur le fil de rejoindre l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Mexique, conclu fin août. Il ne faudra désormais plus dire Alena (pour Accord de libre-échange nord-américain, en vigueur depuis 1994) mais USMCA, selon les initiales des trois pays qui commercent chaque année pour 1000 milliards de dollars. Il devrait être signé le 30 novembre puis ratifié par la suite. Au-delà du changement de nom (une demande de Donald Trump), d’autres modifications s’avéreront plus substantielles. Tour d’horizon, du lait en poudre aux droits syndicaux des Mexicains.

Lire également: Le Canada et les États-Unis adoptent un accord de libre-échange

Industrie automobile

C’était l’un des sujets qui fâchent. L’administration Trump ne taxera finalement pas plus lourdement les importations automobiles canadiennes et mexicaines. A condition que celles-ci ne dépassent pas les 2,6 millions d’unités par pays, selon les premiers détails de l’accord obtenus par l’agence Bloomberg. En septembre, les Etats-Unis et le Mexique s’étaient déjà entendus pour durcir les normes liées à la provenance des pièces manufacturées.

Pour échapper aux tarifs douaniers, 75% de la valeur automobile doivent provenir de l’un des deux pays, contre 62,5% précédemment. Et 40 à 45% devront être produits par des travailleurs gagnant «au moins 16 dollars de l’heure». Sur place, les droits syndicaux des travailleurs seront aussi renforcés, s’est engagé le gouvernement d’Enrique Peña Nieto.

Marché laitier

Concession d’Ottawa cette fois: le Canada a accepté d’ouvrir son marché aux producteurs étasuniens de lait en poudre qui s’estimaient pénalisés par des surtaxes à la frontière. De quoi «rééquilibrer nos relations commerciales avec le Mexique et le Canada», selon l’envoyé de Washington à la table des négociations. L’industrie laitière canadienne a, elle, réagi lundi en déplorant un «accès additionnel de l’ordre de 3,59% à notre marché» et suggéré un appauvrissement des 220 000 familles qui vivent de ce secteur.

Maintenir la pression

L’administration américaine a beaucoup insisté sur la notion d’enforcement (application de la loi) lors de ses charges à l’encontre de l’Alena. Elle prétend désormais avoir la capacité de faire respecter à la lettre le nouvel accord. Des normes plus strictes sur la propriété intellectuelle ont été évoquées (un sujet d’importance pour les brevets des pharmas), sans plus de précision quant à leur contenu. L’USMCA sera révisé tous les six ans; ce qui permettra à Washington de maintenir la pression sur les deux autres pays. En revanche, le mécanisme de règlement des différends (en matière de dumping ou de compensation) est maintenu en l’état, comme demandé par le Canada.

Taxes sur l’aluminium et le charbon

Annoncées fin mai par l’administration Trump, les taxes de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium sont, pour l’heure, maintenues. Les négociateurs ont finalement choisi de sortir ce dossier de l’accord et de le traiter en bilatéral à une date à fixer ultérieurement. Au Canada, premier exportateur d’aluminium vers les Etats-Unis et deuxième exportateur d’acier derrière l’Union européenne, des voix s’élèvent pour dénoncer les compromis de Justin Trudeau.

D’autant que les exemptions de taxes visant les produits importés ont été haussées à 117 dollars au grand bénéfice de l’industrie américaine de l’e-commerce. Au Mexique, il reviendra à Andrés Manuel López Obrador de reprendre les négociations avec Donald Trump dès son investiture présidentielle le 1er décembre prochain.

En mars: Donald Trump lie les renégociations de l'Aléna aux taxes sur l’acier

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