La proposition de la Commission sur la réduction des émissions de CO2 a touché l'Allemagne en plein cœur. Fort de 800000 emplois, le secteur automobile reste en effet vital pour la troisième économie mondiale.

La Commission européenne prévoit de réduire les émissions de CO2 d'un cinquième d'ici à 2015, passant d'une moyenne actuelle de 160 à 130 grammes au kilomètre. Les constructeurs automobiles qui n'atteindraient pas les objectifs imposés seraient sanctionnés pour chaque gramme dépassé. L'amende passerait progressivement, entre 2012 et 2015, de 32 francs à 155 francs par gramme et par voiture produite.

«Inacceptable»

Les voitures allemandes atteignant des taux bien supérieurs à la moyenne européenne, on comprend les protestations véhémentes du gouvernement et l'affolement dans les conseils d'administration des grandes marques automobiles. «Nous aurions souhaité un règlement plus juste dans lequel nous n'aurions pas été défavorisés par rapport aux concurrents européens», a déploré un porte-parole de Volkswagen. «Inacceptable», a-t-il ajouté.

«La politique industrielle (européenne) se fait sur le dos de l'Allemagne», a regretté la chancelière. Une critique à laquelle a répondu le commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, en rappelant qu'Angela Merkel était sortie triomphante de Bruxelles après avoir obtenu elle-même, en tant que présidente de l'Union européenne (UE), un compromis sur la réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020. «Notre proposition n'est qu'un pas de plus vers cet objectif», s'est étonné le commissaire grec.

Le ministre fédéral de l'Environnement a carrément accusé l'UE de déclencher une «guerre concurrentielle» entre les constructeurs européens. Pour Sigmar Gabriel, la Commission va favoriser les industriels français et italiens, constructeurs de petits modèles, contre les Allemands, fabricants de grosses limousines.

Les Allemands ont beau s'offusquer, ils savent depuis longtemps qu'ils ont pris un retard important dans la course aux «voitures propres». Au lieu de favoriser des systèmes moins polluants, Daimler, BMW et les autres ont injecté des milliards ces dernières années dans des modèles toujours plus gros et plus gourmands. Même le président de la République, Horst Köhler, un homme pourtant issu de l'industrie, a reconnu que le secteur n'a pas beaucoup de mérite dans la lutte contre la pollution.

«Achetez des modèles hybrides de Toyota!» lançait même à ses concitoyens la coprésidente des écologistes, Renate Künast, pour dénoncer le manque d'engagement des constructeurs allemands. En mars dernier, la situation a été jugée suffisamment grave pour que le président de la Fédération de l'industrie automobile (VDA), accusé d'immobilisme, démissionne.

Pour le président du groupe Volkswagen (VW), Martin Winterkorn, c'est le consommateur qui est fautif. Si VW n'a pas tenu ses propres engagements en matière de réduction des émissions, c'est que les clients ont réclamé de gros moteurs! «Notre tâche était de répondre à la demande», dit-il.

La réalité, c'est aussi que les mentalités allemandes n'ont pas changé. La réussite sociale se juge toujours à la puissance du véhicule. L'Allemagne est le dernier pays au monde à ne pas avoir de limitation de vitesse sur les autoroutes.

Les écologistes déçus

Le groupe français PSA Peugeot Citroën a également fustigé le projet, jugeant qu'il «peut mettre à mal la compétitivité de l'industrie automobile européenne». De leur côté, les écologistes ont jugé très insuffisantes les propositions présentées par la Commission européenne qu'ils ont qualifiées d'«échec flagrant» et de propositions «pathétiques».