Les salariés de la métallurgie ont obtenu samedi satisfaction avec 4,3% de hausse de salaire, la plus forte augmentation depuis 1992. En Allemagne, les hausses de salaire importantes sont devenues ces derniers temps monnaie courante. Il y a quelques semaines, le syndicat Verdi obtenait 6,3% d’augmentation pour les 2 millions de salariés de la fonction publique, et les salariés de Deutsche Telekom pouvaient se réjouir d’un +6,5% en fin de mois. Même le gouvernement a suivi le mouvement: mi-mai, il accordait 6,5% de hausse des salaires à ses membres, portant à 17 016 euros le salaire d’Angela Mer­kel et à 13 795 euros celui des ministres, dont les revenus n’avaient pas augmenté depuis 12 ans.

L’Allemagne tournerait-elle le dos à l’austérité salariale? Redoutant une crise de longue durée en 2008, les syndicats allemands avaient présenté au cours des années passées des revendications très modérées, acceptant des hausses de salaire inférieures au niveau de l’inflation. Aujourd’hui, les salariés réclament leur part du gâteau de la croissance. Et le gouvernement les y encourage: Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances, s’est déclaré favorable à de véritables hausses des salaires en Allemagne, de crainte que le ralentissement de l’économie mondiale ne frappe durement l’économie du pays, très dépendante des exportations. La Bundesbank, qui veille jalousement sur l’inflation, a même semblé lui donner raison lorsque le président de l’institution déclarait aux députés médusés que l’inflation pourrait augmenter en Allemagne plus vite que chez les voisins de la République fédérale.

Ecarts accrus entre salariés

Mais cette vague de hausses âprement négociées par les syndicats risque de creuser un peu plus encore l’écart entre les salariés «de première catégorie» et les autres, les salariés précaires ne bénéficiant pas de convention collective ou les intérimaires. Chez Audi, la différence de salaires entre intérimaires et salariés du groupe peut atteindre 800 euros brut par mois pour une employée de bureau; 1000 euros pour un ouvrier à la chaîne. Les salariés du groupe travaillent 35 heures par semaine, les intérimaires 40.

Un signe ne trompe pas: si IG Metall a obtenu comme il le réclamait plus de 4% d’augmentation pour les salariés de la métallurgie (les intérimaires ne sont pas concernés par ces hausses), le syndicat s’est par contre cassé les dents sur sa principale revendication: que les comités d’entreprise soient impliqués dans la gestion du recours aux intérimaires par les entreprises du secteur. En Allemagne, l’heure est aux hausses de salaire. Mais pas question de revenir sur la flexibilisation du marché du travail encouragée par Gerhard Schröder.