Immigration

L’Allemagne a besoin d’employés intermédiaires

Berlin a présenté ce mercredi une loi qui à la fois encourage et encadre l’immigration économique et dans laquelle la pratique de l’allemand deviendrait une condition obligatoire. Le pays tente de répondre à son manque structurel de main-d’œuvre

C’est l’une des réformes les plus attendues outre-Rhin. Les ministres chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates du gouvernement d’Angela Merkel ont présenté ce mercredi un projet de loi encadrant l’immigration économique en provenance de pays non européens. S’il existe déjà un cadre pour les titulaires de diplômes universitaires, la nouvelle loi facilitera la venue d’une main-d’œuvre ayant des qualifications intermédiaires telles celles d’aides-soignants, électriciens et autres métiers techniques de l’industrie.

Il leur sera désormais possible d’obtenir un visa de six mois afin de chercher du travail ou une place d’apprentissage, sur place, à condition d’avoir un niveau suffisant d’allemand, les qualifications nécessaires et de pouvoir subvenir à leurs besoins. En parallèle, une accélération des procédures administratives est envisagée, pour faciliter la délivrance des visas et la reconnaissance des diplômes. Le gouvernement prévoit aussi de mettre fin à la règle selon laquelle un poste est réservé en priorité à une personne de nationalité allemande ou européenne. Enfin, les autorités souhaitent développer l’offre de cours de langue allemande à l’étranger.

«Besoin des pays tiers»

Cette loi répond en partie aux attentes des milieux économiques qui tirent la sonnette d’alarme face au manque structurel de main-d’œuvre. Comme l’a rappelé le ministre du Travail, Hubertus Heil, 1,2 million de postes sont actuellement non occupés. Le problème va en empirant, après des années de très faible natalité, une période de quasi plein emploi et le départ prochain à la retraite de la génération des baby-boomers.

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Selon le Ministère de l’économie, la population en âge de travailler, âgée de 20 à 65 ans, devrait diminuer de 3,9 millions en 2030. «Cette loi est une immense avancée, commente Hubertus Heil. Nous profitons déjà de la venue de main-d’œuvre qualifiée européenne mais cela ne va pas suffire. Pour maintenir notre niveau de prospérité, nous avons besoin d’une main-d’œuvre qualifiée venue de pays tiers.»

Un autre aspect de cette loi prévoit de faciliter l’intégration économique de 180 000 demandeurs d’asile déboutés mais impossibles à renvoyer chez eux. C’est le cas de nombreux Syriens et Irakiens arrivés depuis 2015. «Nous voulons offrir des perspectives à ceux qui sont bien intégrés», justifie le ministre du Travail. Ceux pouvant justifier avoir travaillé légalement en Allemagne pendant dix-huit mois pourront obtenir un permis de séjour de trente mois supplémentaires à condition d’avoir une maîtrise suffisante de la langue allemande et de ne pas avoir de casier judiciaire. A la suite de ces trente mois, ils pourront obtenir un permis de séjour permanent.

Une avancée, pas un remède

Pour le ministre de l’Economie, Peter Altmaier, l’Allemagne «met fin à trente années de débats idéologiques» sur la question migratoire. En exigeant un niveau minimum de maîtrise de la langue, le gouvernement cherche aussi «à éviter les erreurs des années 1960 et 1970 avec l’accueil de travailleurs invités, ne sachant pas parler l’allemand».

Pour l’expert Matthias Mayer, de la fondation Bertelsmann, si ce texte est «une avancée, il n’est toutefois pas un remède miracle. L’attractivité d’un pays est un tout. Elle inclut l’attrait de la langue, la possibilité ou non de pouvoir travailler en anglais, la hauteur des salaires, des impôts et des prestations sociales. C’est un paquet global sur lequel le gouvernement allemand peut encore travailler», insiste Matthias Mayer.

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