Analyse

L’Allemagne domine l’Union européenne et la révolution industrielle 4.0

SAP et Siemens, les deux plus grands groupes allemands, sont à la pointe de la révolution technologique. Siemens, déjà leader mondial de l’énergie éolienne, réduit la complexité de ses structures et met en bourse ses branches santé et bientôt le numérique. Qui peut en dire autant?

Les branches d’activité des plus grandes sociétés constituent un bon indicateur de la structure et de la compétitivité des pays. En Allemagne, SAP et Siemens sont les deux premières sociétés en termes de capitalisation boursière. SAP est le leader européen des logiciels professionnels et Siemens, à travers une vaste réorganisation, se profile comme un acteur clé de la numérisation. «Nous façonnons la quatrième révolution industrielle», ainsi que l’explique Joe Kaeser, patron du groupe Siemens dans une interview à «Euro am Sonntag».

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Aux Etats-Unis, les leaders de la cote sont presque tous des groupes technologiques. Il s’agit d’Apple, Alphabet, Microsoft, Berkshire Hathaway, Amazon, Facebook. Par contre, dans les autres pays européens, les branches traditionnelles gardent le pouvoir: en Suisse, le trio de tête reste Nestlé, Roche et Novartis et en France Total, Sanofi et L’Oréal.

Avantage à l’alliance de gauche

La presse ne parle de l’Allemagne que pour analyser le déclin du vote Merkel et l’émergence possible d’une coalition de gauche après les prochaines élections. La promesse de Martin Schulz, le leader social-démocrate, de tailler dans le programme de réforme «Agenda 2010» risque pourtant de pénaliser l’industrie allemande. C’est en effet ce programme qui avait rendu compétitif l’ancien «malade de l’Europe». La menace est d’autant plus sérieuse que l’aile gauche de la coalition, avec «Die Linke», propose un impôt sur le revenu à 75%.

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Mais pour l’instant, l’Allemagne est en très bonne voie. L’action Siemens vient de battre son niveau record vieux de dix-sept ans. Joe Kaeser, longtemps basé à Cupertino en Californie, célèbre pour abriter le siège d’Apple, est un expert en technologie. Il y dirigeait la filiale semi-conducteurs de Siemens.

Joe Kaeser se prépare à complètement transformer Siemens et à rendre autonome chacun de ses métiers, selon la «Handelsblatt». Il est d’avis que la somme des parties vaudrait davantage que le tout. L’autonomie des filiales leur permet d’être plus agiles, responsables et rapides.

Leader mondial dans l’automatisation industrielle

Le groupe est spécialisé dans huit domaines, des centrales électriques à la construction en passant par l’automatisation industrielle, les transports et la santé. L’autonomisation des métiers et leur mise en bourse ne plaisent pas au syndicat IG Metall, qui préfère une intégration du groupe. Mais Joe Kaeser entend bien mener sa stratégie à son terme. La branche santé (Healthineers), avec 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires, devrait entrer en bourse au deuxième semestre 2017. Les activités dans l’énergie éolienne, fruits de la fusion avec l’espagnol Gamesa, y figurent déjà. Siemens est le leader mondial de ce métier avec 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Les activités numériques (Digital Factory) devraient également être séparées du groupe et mises en bourse, selon la «Handelsblatt».

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Joe Kaeser n’a pas peur d’affronter les vents contraires. Au nez et à la barbe de Donald Trump, il vient par exemple d’annoncer qu’il investirait 200 millions de dollars au Mexique, où son groupe emploie déjà plus de 6000 collaborateurs.

Siemens n’est pas seulement leader mondial dans l’énergie éolienne, mais aussi dans l’activité numérique en tant que champion de l’automatisation industrielle et des logiciels industriels. Son chiffre d’affaires y atteint 10 milliards d’euros avec une marge de 16%. Pour sa branche «mobilité» (transports), certains analystes évoquent l’idée d’une fusion afin de créer un champion européen des transports.

Les analystes applaudissent

Les clignotants boursiers sont au vert. Presque tous les analystes recommandent le titre à l’achat. La Banque Baader estime que l’entrée en bourse de nouvelles unités augmentera encore la valeur du groupe. L’analyste de Berenberg note que la société a relevé ses prévisions au cours de trois des cinq derniers trimestres. Citigroup espère d’importantes économies de la réorganisation. L’optimisme d’Exane se fonde sur les projets de «production numérique», la mise en réseau des machines et les «machines intelligentes». Il n’y a guère que Goldman Sachs pour recommander de vendre l’action.

La capacité de Siemens à se réinventer contraste avec le discours sur le déclin en Europe ou aux Etats-Unis. Cinq raisons permettent à l’Allemagne d’échapper aux difficultés rencontrées par les Etats-Unis, selon Bloomberg: le système d’économie sociale de marché qui incite à la coopération entre acteurs sociaux; l’euro, affaibli par les pays méridionaux; la criminalité inférieure à d’autres pays, la comparaison favorable avec les années 1990 quand l’Allemagne était le malade de l’Europe, et les réformes libérales du marché du travail entreprises par le socialiste Gerhard Schröder à travers son Agenda 2010. Celles-là même que Martin Schulz veut abroger…

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