«L'Allemagne doit agir contre les pressions fiscales en Europe.» Le chancelier Gerhard Schröder n'a cité le nom d'aucun pays, mais son regard s'est tourné vers l'Est, jeudi à Berlin. Il a annoncé son intention de réduire de six points (de 25 à 19%) le taux d'imposition fédéral des sociétés. Compte tenu des impôts régionaux, l'Allemagne restera un pays cher, avec un taux global de 32,7%. Elle rejoint, ou passe au-dessous de la charge fiscale de pays comme les Pays-Bas, la France ou l'Espagne. Et quitte le trio de tête des pays de l'OCDE fiscalement les plus gourmands auprès des entreprises, formé du Japon et des Etats-Unis (40,9% et 39,4%). L'Italie devrait logiquement remplacer l'Allemagne sur la troisième marche du podium.

Le vent des baisses fiscales est venu de l'Est. L'entrée des dix nouveaux membres dans l'Union européenne change la donne et ravive la concurrence fiscale directe. La Hongrie est la plus active dans ce domaine. Le gouvernement hongrois a prévu d'abaisser de 4% supplémentaires son taux actuel de 16%, l'un des plus bas d'Europe. Dès que ce se sera fait, il aura battu l'Irlande qui détient encore le record européen avec un taux de 12,5%. Deux des pays Baltes, la Lettonie et la Lituanie, offrent un taux de 15%, la Slovaquie et la Pologne 19%.

L'annonce allemande aura-t-elle une influence sur la politique fiscale suisse? Economiesuisse, la fédération des entreprises du pays, l'espère vivement. «La décision allemande augmente la nécessité d'agir en Suisse. Il ne faut pas rater le coche d'une réforme substantielle de la fiscalité des entreprises», explique Pascal Gentinetta, membre de la direction d'economiesuisse.

En comparaison internationale, les entreprises helvétiques ne sont pourtant pas à plaindre, même si l'écart favorable se réduit fortement. Les cantons tiennent le couteau par le manche. Il suffit de déplacer le siège d'une société de quelques dizaines de kilomètres pour diviser par deux la facture fiscale. Les cantons les plus accueillants sont Schwyz et Zoug, les plus «chers» étant Bâle, Zurich et Genève. En ajoutant l'impôt fédéral de 8,5%, le taux d'imposition du bénéfice des entreprises varie donc de 15,5% à 26,5% selon le lieu d'implantation de la société.

L'harmonisation fiscale intercantonale étant un exercice politiquement impossible en Suisse, la pression, notamment celle de l'UDC et d'economiesuisse se focalise sur le taux fédéral de 8,5%. «Il faudrait le réduire de moitié si on désire un effet substantiel», dit Pascal Gentinetta.

Mais la réforme de la fiscalité des entreprises, péniblement élaborée par le Conseil fédéral, ne prend pas ce chemin. La priorité est mise sur la résolution du problème de la double imposition des bénéfices et des dividendes. Celle-ci sera limitée à 80% en Suisse. Détail piquant, le chancelier allemand Gerhard Schröder entend aussi agir dans ce domaine. Il propose d'augmenter le taux de double imposition de 50 à 60% pour compenser une partie des pertes fiscales de sa réforme. Une autre forme de compensation, annoncée en Allemagne, consiste à augmenter l'assiette fiscale et à réduire la possibilité des entreprises de reporter les pertes des années précédentes pour réduire la facture fiscale.

Quel sera l'allégement net pour les entreprises établies en Allemagne? Personne ne peut répondre aujourd'hui à cette question. D'autant qu'un rapide sondage de la chaîne de télévision ZDF conclut que deux tiers des Allemands estiment qu'aucun accord politique ne sera trouvé autour de ce projet.

En Suisse, le Conseil fédéral déposera le sien avant le mois de juin et n'a pas l'intention d'y intégrer un changement du taux d'imposition. Les pays de l'Est européen et l'Irlande, voire Zoug ou Schwyz, ne sont pas près de perdre leur réputation de paradis fiscaux pour les entreprises.