Pendant des années, toucher aux règles du marché du travail était un tabou en Allemagne. Egal qui dirigeait le pays. Six semaines après les élections, le gouvernement de centre gauche, confirmé par les électeurs, fonce, comme s'il voulait rattraper le temps perdu. Deux projets de loi ont été avalisés mercredi par le cabinet du chancelier Schröder. Le parlement en est saisi ce jeudi. Les mesures d'urgence doivent entrer en vigueur le 1er janvier 2003. Une réforme au grand galop! Les chômeurs signeront des contrats avec des offices de placement réorganisés pour mieux encadrer leurs «clients». Ceux qui refusent un travail «sans motif valable» encourront des sanctions. Les sans-emploi seront incités à se qualifier pour augmenter leurs chances. Le projet ressemble à la réforme initiée en Suisse au milieu des années 90. Un point tout nouveau, décidé ces jours, est reçu comme une petite révolution en Allemagne: les chômeurs placés comme travailleurs temporaires seront moins protégés. En théorie, ils seront engagés aux tarifs en vigueur dans la branche. Mais la loi introduit des exceptions. Pour une période d'essai de 6 semaines, le dumping sera légalisé. Les conditions de rupture d'un contrat seront assouplies sur des points essentiels. Cette libéralisation arrachée aux syndicats a aussitôt été saluée par l'économie. En revanche, le gouvernement a décidé d'augmenter de 19,1 à 19,5% la cotisation sur le salaire pour financer les retraites. Cet effort imposé aux salariés et aux entreprises – qui se partagent la cotisation – est violemment critiqué comme un poison pour la croissance. Le système de santé sera en outre placé aux soins intensifs. Une première baisse des prestations assurées est discutée pour 2003. Objectif: éviter que la cotisation maladie n'explose à son tour.