L'accord passé par VW et IG Metall donne un signal fort dans un contexte conjoncturel difficile. Le compromis est doublement intéressant. D'abord le constructeur automobile cher au cœur des Allemands refuse la solution de facilité, qui consistait à élargir ses activités dans un pays où la main-d'œuvre est très avantageuse. Puis un syndicat puissant admet que créer des nouveaux emplois prometteurs vaut mieux que bétonner les conditions de travail de ceux qui en ont un. C'est le visage moderne d'une Allemagne entreprenante, innovante et responsable.

Cette heureuse percée ne doit toutefois pas cacher un cruel constat: l'Allemagne paie d'une croissance souffreteuse son manque de dynamisme dans le domaine du travail. Son marché de l'emploi est surréglementé, le travail est toujours hyperorganisé pour l'employé mais trop rarement orienté vers le client; les incitations au retour au travail pour les chômeurs sont faibles sinon nulles.

Gerhard Schröder, s'il peut se targuer d'avoir pressé avec succès IG Metall à s'entendre avec VW, n'a rien fait pour moderniser tout ce pan de la société allemande. Cette mutation fondamentale, qui passe par une révolution des mentalités, manque à son bilan de chancelier-réformateur. Ses dernières propositions de réformer le droit des licenciements pour limiter l'attribution d'indemnités de départ ou d'assouplir les conditions d'engagement des employés temporaires sont trop tardives et trop partielles. Et l'on peut se risquer à un pronostic: salué de tous côtés, l'accord «5000 x 5000» ne fera pas tache d'huile d'un jour à l'autre.