L’idée d’une alliance des pays les mieux notés de la zone euro reste rejetée en Allemagne, alors qu’Angela Merkel doit s’exprimer vendredi devant le Bundestag, après l’intervention de Nicolas Sarkozy à Toulon.

«Nous n’avons qu’un plan A, pour les dix-sept pays dotés de la monnaie unique. La discipline de fer que nous exigeons vise à maintenir unie la zone euro, pas à la diviser», affirment à Francfort des sources proches de la Bundesbank, la banque nationale allemande, dont le poids dans le processus politique de décision est écrasant. L’hypothèse d’un pacte des pays notés «AAA» avant le sommet européen du 9 décembre est rejetée: «Cela ne servirait qu’à nourrir les inquiétudes des autres pays membres. Notre besoin urgent est au contraire d’obtenir un accord des Dix-Sept sur un principe d’airain: ceux qui ne respecteront pas leurs engagements s’exposeront à perdre une partie de leur souveraineté au profit d’une autorité commune de surveillance dotée de pouvoirs intrusifs, qui ne sera pas nécessairement la Commission européenne», poursuit-on à Francfort, siège de la Bundesbank.

Devant les députés allemands, Angela Merkel – attendue lundi à Paris – devrait être bien plus précise que le président français sur sa vision d’un changement de traité européen, et rappeler les conditions de Berlin: freins constitutionnels nationaux à l’endettement, nécessité d’un cadre légal soumettant à l’avenir les pays signataires à des contrôles, émission d’euro-obligations repoussée (le compromis proposé par Bruxelles, selon lequel les pays «AAA» pourraient garantir une proportion de la dette des autres, est rejeté pour sa complexité) et rappel très ferme de l’impossibilité pour la Banque centrale européenne d’intervenir directement. Une tonalité beaucoup plus intransigeante, donc, que celle de Nicolas Sarkozy. Lequel n’a pas évoqué les abandons de souveraineté réclamés haut et fort par les Allemands et s’est montré ambigu sur la BCE «qui assumera ses responsabilités».

L’Allemagne entend arriver au prochain sommet européen en défenseur d’une Union de la stabilité désireuse d’inclure, et non d’exclure. Une posture imposée, il est vrai, par les risques élevés de contagion en cas de défaut d’un pays de la zone euro. Dire que l’on écarte, à Francfort, la possibilité ultime d’un éclatement serait exagéré. Mais la priorité est d’obtenir dans l’immédiat un engagement des Dix-Sept sur une cohésion sans faille à moyen terme. Au service d’une convergence budgétaire au forceps.