L'Allemagne a-t-elle pris résolument le chemin de la reprise? A la traîne de la croissance européenne, la première économie des quinze pays de la zone euro affiche en tout cas une très bonne santé économique au premier semestre selon les indicateurs de l'Office fédéral des statistiques, publiés hier à Wiesbaden.

La bonne performance de l'économie allemande va d'abord renforcer les partisans d'une hausse des taux en Europe. La Banque centrale européenne (BCE), qui se réunit jeudi, ne devrait plus hésiter ainsi à relever ses taux pour freiner la poussée inflationniste que rencontre actuellement la zone euro en raison de la hausse du prix du pétrole et de la faiblesse de la monnaie européenne.

Tirée par une forte demande extérieure et par les investissements en hausse des entreprises, la croissance allemande n'avait en effet jamais atteint de tels sommets pour un premier semestre depuis la réunification il y a dix ans. Les statisticiens de Wiesbaden ont chiffré à 3,3% la croissance du produit intérieur brut (PIB) de janvier à juin 2000 par rapport à la même période de l'an dernier. Le premier trimestre a été légèrement plus fort (3,4%) que le second (3,1%), précise le rapport.

Ces bons chiffres vont rassurer les milieux politiques et économiques qui s'étaient montrés inquiets après la publication d'un mauvais baromètre de l'institut Ifo (Munich), celui qui mesure le climat des affaires en Allemagne. Dans l'ouest du pays, il affichait en effet son plus bas niveau depuis novembre 1999.

La nouvelle arrive également à point pour le gouvernement Schröder qui peut afficher un bel optimiste après avoir réussi à imposer la grande réforme fiscale que l'Allemagne attendait depuis longtemps.

De plus, son ministre des Finances, Hans Eichel, bouclera un budget 2000 excédentaire de 1,5% du produit intérieur brut (PIB), grâce aux produits de la vente aux enchères des licences UMTS, le téléphone de troisième génération. Le gouvernement avait prévu jusqu'ici un déficit de 1% du PIB.

Hans Eichel n'a pas hésité hier à rehausser ses prévisions de 0,25 point à 3% pour 2000 (1,4% en 1999) alors qu'il assistait au conseil économique et financier franco-allemand d'Eltville.

Sur fond de bonne conjoncture mondiale et de bonnes perspectives d'exportation, les banques allemandes se montrent confiantes. Elles publient d'ailleurs des prévisions encore plus optimistes que celles du gouvernement. La Dresdner Bank table sur 3% en 2000 et 3,3% en 2001. La Deutsche Bank compte sur 3,3% en 2000 et 3,6% l'année suivante.

La reprise conjoncturelle allemande profite également au marché de l'emploi. Selon l'Office des statistiques, le nombre d'actifs a progressé de 1,9% (+731 000 emplois) par rapport au premier semestre de l'année passée à 38,42 millions. Le taux de chômage passe ainsi de 8,3 à 7,8%.

Exportations primordiales

Les exportations, le moteur traditionnel de la croissance allemande, jouent de nouveau un rôle primordial. Poussées par la faiblesse de l'euro, elles ont considérablement stimulé la conjoncture allemande. La progression de l'investissement dans les entreprises constitue le deuxième facteur positif (+8,2%). Le bâtiment pose toujours problème avec un investissement en recul de près de 5%. Enfin, l'office de Wiesbaden souligne que la consommation des ménages a augmenté plus rapidement (2,2%) que les dépenses publiques (1,5%).