Trop chère, trop dépendante de l'étranger, l'énergie, en particulier l'électricité, est souvent désignée comme l'une des causes des difficultés de l'économie allemande. Le gouvernement d'Angela Merkel est unanime pour réduire la dépendance de l'Allemagne face aux importations. Mais la sortie programmée du nucléaire continue de diviser les deux partis de la grande coalition. Pourtant, à l'occasion du premier «sommet de l'énergie» organisé lundi soir à la Chancellerie fédérale, Angela Merkel a promis que son gouvernement proposerait d'ici à un an, au milieu de 2007, une nouvelle politique de l'énergie plus sûre, davantage tournée vers l'économie et plus respectueuse de l'environnement. Pour ne pas demeurer en reste, les producteurs d'électricité ont annoncé vouloir investir jusqu'à 70 milliards d'euros, dont 40 pour les énergies renouvelables, dans les six prochaines années. Pour sa part, le gouvernement va augmenter de 2 milliards, soit un tiers, son soutien aux énergies renouvelables pour faire passer celles-ci de 5% actuellement à 10% de la couverture des besoins.

«Il n'y aura pas de tabou»

Jusqu'ici la question du nucléaire avait été mise entre parenthèses par les deux partenaires de la coalition. Dans le programme de gouvernement, la CDU d'Angela Merkel avait accepté de ne pas remettre en cause l'accord conclu en 2000 entre le gouvernement de Gerhard Schröder et les producteurs pour arrêter progressivement les 19 centrales nucléaires jusqu'en 2021. Depuis lors, deux centrales ont été arrêtées en 2004 et en 2005.

Mais, avait prévenu lundi Angela Merkel, «il n'y aura pas de tabou». Et de fait, avant la rencontre des producteurs et gros consommateurs d'énergie, lundi, son parti, la CDU, publiait un «papier de position» dans lequel elle considérait que «l'on ne saurait renoncer à l'énergie nucléaire». Appuyée par les milieux économiques, la CDU demande une prolongation de la vie des centrales jusqu'à la limite de leur garantie de sécurité. Selon elle, une telle mesure évitera à l'Allemagne de devoir construire, pour l'énergie de substitution, de nouvelles centrales au charbon ou au gaz en contradiction avec la politique environnementale.

Pour les entreprises grosses consommatrices d'électricité, ce premier sommet ne résout en rien les problèmes, considère l'un des participants au sommet, WernerMarnette, patron d'un groupe d'affinage de métaux et président de la commission Energie du patronat. D'une part, selon lui, rien ne dit que les producteurs d'électricité tiendront des promesses qu'ils ont déjà faites par le passé, d'autre part, la situation de monopole et l'opacité du marché contribuent largement aux coûts élevés. «Le prix de l'électricité n'a rien à voir avec les coûts réels de production», écrit-il. «L'oligopole de l'électricité» - les gros producteurs E.ON et RWE, Vattenfall et EnBW - peut afficher à la Bourse de Leipizg le prix qu'il veut, «on régit et gouverne comme au temps de la RDA» car le marché allemand n'est pas décartellisé. Pour un industriel allemand, un kW/h revient à environ 10,2 centimes d'euros contre 7 pour son collègue français et 7,2 en moyenne européenne.