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L’Allemagne s'inquiète pour sa défense et ses exportations

L’élection de Donald Trump pourrait coûter cher à la première puissance européenne, qui a pu développer ses exportations à l’abri du bouclier nucléaire américain. L’Allemagne s’attend à devoir dépenser plus pour sa sécurité

La ministre de la Défense allemande, Ursula von der Leyen (Union chrétienne-démocrate d'Allemagne, CDU), a été la première à réagir à l’élection surprise de Donald Trump, qu’elle a qualifié de «grand choc». De fait, avec l'accession du candidat républicain à la tête des Etats-Unis, l’Allemagne s’attend à des heures difficiles, tant sur le plan politique qu’économique. «L’élection de Trump nous coûterait des milliards», prédisait le «Manager Magazin» à la veille du vote.

Des messages clairs de Trump

Donald Trump a alerté les Allemands pendant sa campagne, estimant notamment que leur pays – tout comme la Corée du Sud, l’Arabie saoudite et le Japon – devrait dépenser plus pour continuer à bénéficier du bouclier nucléaire américain, à l’abri duquel il a pu devenir le principal exportateur mondial. L’Allemagne, de tradition pacifiste, ne dépense que 1,19% de son budget pour sa défense, au lieu des 2% que l’OTAN a fixés comme objectif à ses membres. Si Donald Trump met à exécution sa menace de faire payer l’Allemagne ou de retirer ses troupes du sol allemand, Berlin devrait augmenter ses dépenses militaires: de 37 milliards aujourd'hui, elles passeraient à plus de 80 milliards d’euros par an. De quoi faire vaciller le budget de Wolfgang Schäuble.

Craintes du «made in USA»

A moins d’un an des prochaines législatives, le débat autour des dépenses militaires risque bien de s’inviter au cœur de la campagne électorale. D’où les félicitations très retenues adressées par Angela Merkel au nouveau président américain, que les Allemands espèrent voir déjà en février pour la conférence de Munich sur la sécurité, puis en juillet au G20 de Hambourg. «Qui dirige ce grand pays, avec son incroyable puissance économique, son potentiel militaire, sa dominance culturelle, porte une responsabilité dont les conséquences se font sentir presque partout sur la terre», a insisté Angela Merkel dans son message de félicitations.

Fin du libre-échange

Au-delà du politique, Berlin s’inquiète pour son excédent commercial de 50 milliards d’euros avec les Etats-Unis, alors que Trump a promis de redonner la priorité au «made in USA». Le traité de libre échange transatlantique TTIP est donné pour mort. Et les entreprises du dax, le principal indice boursier du pays, s’attendent au pire. La quasi-totalité des poids lourds du made in Germany se sentent menacés: BMW réalise un cinquième de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis; Daimler réalise un tiers de son activité avec la zone de libre échange nord-américaine Nafta. Du côté des géants allemands de la chimie, Bayer réalise 27% de son chiffre d’affaires aux Etats Unis; 22% pour BASF. Quant à Fresenius Medical Care, leader mondial sur le créneau de l’insuline, il doit les trois quarts de son activité – dopée par l’Obamacare aujourd’hui menacé – aux Etats-Unis.

Au delà, la réintroduction possible de barrières douanières met en péril la santé de quantité de PME, et menace le cours de tous les exportateurs allemands. «Donald Trump est un danger pour notre bien-être», résume le quotidien conservateur «Die Welt».


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