Il y a tout juste un an, la Commission charbon représentant les milieux politiques, industriels, énergétiques et environnementaux présentait un rapport qui devait servir de base à la sortie progressive du charbon outre-Rhin. Après avoir acté une sortie du nucléaire à l’horizon 2022, Berlin s’attelle désormais à un secteur qui représentait 38% de la production nette d’électricité nationale en 2018, selon l’institut Fraunhofer.

En mettant fin à l’usage du charbon et du lignite, très polluant, l’Allemagne veut tenir ses engagements climatiques de 2030 et réduire d’ici là de 60% ses émissions de CO2 par rapport à 1990. Le pays vise la neutralité climatique d’ici à 2050.

Lire également: Le charbon perd le feu sacré

Ce mercredi 29 janvier, le Conseil des ministres doit approuver le texte de loi qui concrétisera ce projet ambitieux. Berlin confirme vouloir fermer ses 120 centrales à charbon d’ici à 2038, voire 2035, si possible. Les plus anciennes, installées dans l’ouest du pays, seront les premières à être fermées. Des capacités de 2,8 gigawatts seront mises hors service d’ici à 2022, avant une deuxième salve d’ici à 2030. Les centrales les plus importantes ne fermeront qu’après 2030.

Quarante milliards d’accompagnement

Pour accompagner ce plan, l’Etat fédéral prévoit d’injecter 40 milliards d’euros, dont 14 milliards destinés à soutenir l’économie locale et 26 milliards pour accompagner les acteurs du secteur. Un fonds d’indemnité permettra aussi de financer la formation et le départ en préretraite des quelque 20 000 salariés employés dans les mines de lignite à ciel ouvert et les centrales à charbon. Les énergéticiens recevront par ailleurs 4,35 milliards d’euros de dédommagement, 2,6 milliards reviendront aux exploitants du bassin rhénan, tel RWE, et 1,75 milliard à ceux qui gèrent les centrales de l’Est, comme Mibrag.

«Nous allons pouvoir mettre un terme, de manière planifiée et sensée économiquement, à la production d’électricité issue du charbon», s’est félicité la semaine dernière le ministre de l’Economie, Peter Altmaier. «C’est un grand succès», a-t-il estimé à l’issue d’une rencontre avec les représentants politiques des quatre Länder concernés (Saxe, Brandebourg, Thuringe, Rhénanie-du-Nord-Westphalie). Ces derniers sont également rassurés, eux qui ont tout fait, ces dernières semaines, pour influencer le texte final, afin d’assurer une transition industrielle de leur région.

Lire aussi: La Chine plonge à nouveau dans sa dépendance au charbon

En revanche, c’est la désillusion pour les représentants des organisations environnementales. Huit anciens membres de la Commission charbon se disent trahis. «Le texte final est très différent du compromis trouvé l’an dernier», résume Barbara Praetorius, ex-présidente de la commission. «Le travail de la commission a été discrédité. Les objectifs ne vont pas être atteints», reprochait-elle lors d’une conférence de presse à Berlin. La principale critique concerne le rythme de cette sortie du charbon, volontairement «ralenti sous la pression des régions».

Une toute nouvelle centrale

L’expert Felix Christian Matthes regrette une «sortie à dose homéopathique» d’ici à 2022 qui «va entraîner une production supplémentaire de 40 millions de tonnes de CO2 d’ici à 2030» par rapport au projet initial. Le rapport de la commission visait une baisse de 10 millions de tonnes d’ici à 2025. Autre ligne rouge franchie, le gouvernement confirme la mise en service cet été d’une nouvelle centrale à charbon, Datteln 4, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, opérée par Uniper. Qualifiée de centrale «la plus moderne d’Europe», elle devrait alimenter en électricité et en chauffage 100 000 foyers. «Cette décision est un très mauvais signal, regrette Barbara Praetorius. Cette loi endommage non seulement le climat, mais aussi la paix sociale.» Ces huit personnalités reprochent par ailleurs au gouvernement de poursuivre les expulsions de certains villages situés sur des mines de lignite à ciel ouvert.

Autres mécontents, les milieux économiques s’inquiètent d’une hausse du prix de l’électricité, déjà élevé, même si le gouvernement a annoncé le versement de subventions aux industries énergivores. Se pose aussi la question de la compensation énergétique. «Il faut compenser non seulement l’électricité issue du charbon mais aussi celle du nucléaire», rappelle Klaus Jacob, de l’Université libre de Berlin: «Dans la loi actuelle, il y a de nombreuses bonnes mesures en la matière, notamment pour accélérer la production des énergies renouvelables. Mais d’autres sont contre-productives et ralentissement le développement de l’éolien. Le défi à relever reste énorme.»

Le gouvernement fédéral prévoit de faire adopter cette loi par le Bundestag d’ici à l’été.