L’Allemagne va fermer ses centrales à charbon les plus polluantes

Energie La coalition au pouvoir s’est mise d’accord dans la nuit de mercredi sur la fermeture de centrales à charbon

Le gouvernement renonce à son projet de surtaxe pources installations

Sigmar Gabriel a revu ses ambitions à la baisse. Le ministre social-démocrate de l’Economie du gouvernement d’Angela Merkel – chargé notamment de la transition énergétique – souhaitait surtaxer les centrales thermiques à charbon les plus anciennes et les plus polluantes du pays, pour atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% (par rapport à 1990) d’ici à 2020 que s’est fixé la coalition. Ce projet de surtaxe, très contesté par les milieux d’affaires comme par les syndicats, ne se fera pas.

Le gouvernement annonce à la place la mise en veille par étapes des centrales les plus polluantes pour une capacité totale de 2,7 gigawatts. Ce compromis, issu de longues négociations entre CDU-CSU d’un côté et SPD de l’autre, a été signé dans la nuit de mercredi à jeudi à Berlin.

Au centre du nouveau projet climat du gouvernement se trouvent les centrales à charbon. Les énergéticiens allemands, encouragés par le faible coût des certificats d’émission de CO2 misent sur le charbon pour compléter la production d’électricité issue des renouvelables. Ils sont ainsi devenus au cours des dernières années les plus gros pollueurs d’Europe, selon le cabinet londonien Carbon Market Data. Deux producteurs allemands – RWE (141,4 millions de tonnes de CO2 en 2014 soit 9% du total des gros industriels européens) et E.On (67 millions de tonnes) – occupent la première et la troisième place du classement des entreprises européennes les plus polluantes. En seconde position se trouve le suédois Vattenfall (95,6 millions de tonnes), qui possède de nombreuses centrales en Allemagne. Entre 2017 et 2020, les plus polluantes de ces centrales électriques seront incitées grâce à un système de primes à se déconnecter du réseau en dehors des périodes à faible vent ou faible ensoleillement. Le coût de l’opération est estimé à 230 millions d’euros par an. Après 2020, ces centrales seront appelées à être démantelées.

Le compromis signé jeudi matin prévoit l’enterrement des lignes à haute tension dont la construction est nécessaire pour conduire le courant des champs d’éoliennes off­shore du nord du pays vers le sud industriel et peuplé. La CSU bavaroise bloquait le début des travaux depuis des mois, sous la pression de riverains hostiles au projet.

«La coalition est parvenue à nouer les fils de la transition énergétique», se félicitait hier Sigmar Gabriel, visiblement soulagé d’avoir mis fin à des mois de débats dans le pays. Mais le compromis trouvé jeudi est loin de faire l’unanimité. L’Allemagne, assurent les écologistes, a cédé au chantage à l’emploi des principaux producteurs d’électricité, et renie du coup les objectifs de «décarbonisation» du pays d’ici à la fin du siècle annoncée lors du G7 d’Elmau, début juin. Les mesures annoncées coûteront quelque 10 milliards d’euros d’ici à 2020, essentiellement à la charge des consommateurs et des PME, selon les Verts. L’institut DIW de Berlin se montre lui aussi sceptique envers un compromis jugé cher et peu efficace. L’experte en climat du DIW, Claudia Kemfert, parle de «Hartz-IV pour les plus vieilles centrales du pays», du nom des minimums sociaux – jugés chers et peu efficaces en termes d’emploi – accordés en Allemagne aux plus démunis.

Les groupes énergétiques allemands sont devenus les plus gros pollueurs d’Europe