Une fois de plus, Josef Ackermann irrite l’Allemagne. Le patron suisse de la plus puissante banque allemande, la Deutsche Bank, a fait savoir fin décembre qu’il répercuterait sur l’ensemble des salariés de son institut –essentiellement allemands- le poids de l’impôt spécial que le gouvernement britannique s’apprête à prélever sur les boni des banquiers de la City londonienne. La Deutsche Bank, qui craint la fuite de ses meilleurs salariés, s’est engagée à «compenser» cet impôt exceptionnel et entend donc répartir le poids de ces coûts supplémentaires sur l’ensemble de ses salariés.

En Allemagne même, il n’est pas question d’instaurer sur les boni un impôt spécifique type britannique, même si Angela Merkel a qualifié cette idée, incompatible avec la Loi fondamentale (la Constitution allemande), de « séduisante ». Pressé par l’opinion et l’opposition de réglementer la pratique des boni, le gouvernement s’apprête à amender au printemps la loi sur le contrôle du secteur du crédit et des assurances. L’objectif sera « d’éviter les excès et les impulsions négatives au sein du secteur financier », a précisé début janvier le nouveau ministre des Finances d’Angela Merkel, Wolfgang Schäuble, sans donner plus de détails. Ce qui est sûr est que l’Allemagne entend s’en tenir aux critères définis lors du dernier G 20. Les 20 pays les plus riches de la planète avaient défini en septembre à Pittsburg un cadre éthique prévoyant notamment que primes et bonus soient attribués avec un décalage de trois ans, en fonction des résultats à long terme de l’entreprise, pour éviter la spéculation. Les salaires des banquiers «prendront ainsi davantage en compte les risques du métier », estime Josef Ackermann.

Face aux pressions politiques et à leur extrême impopularité depuis la crise financière, les banquiers allemands avaient pris les devants mi décembre. Huit grosses banques (la Deutsche Bank, la Commerzbank, le réseau des caisses d’épargne Sparkasse, la filiale d’Unicredit Hypovereinsbank, DZ Bank, les banques publiques régionales West-LB, HSH Nordbank, LBBW et Bayern LB ) et trois compagnies d’assurances (Allianz, Talanx et Munich Re) avaient décidé le 10 décembre à l’initiative de Josef Ackermann, d’appliquer dès 2009 les recommandations du G20 prévues pour 2010 concernant les primes des managers.

Dans une seconde étape, la Bafin (l’autorité chargée en Allemagne de contrôler le bon fonctionnement des marchés financiers) avait repris les critères du G20 dans une circulaire à caractère incitatif destinée aux banques. L’inscription au printemps dans un texte de loi de ces mêmes recommandations du G20 au printemps sera l’ultime étape du processus de durcissement que réclame l’opposition depuis des mois. Les Verts redoutent toutefois que les banques ne contournent la future législation, en augmentant par exemple d’autres formes de rémunération des banquiers.