La résolution remonte à fin septembre. Mais elle n’a été rendue publique qu’en début de semaine… Le 23 septembre dernier, le Bundesrat, la seconde chambre du parlement allemand qui représente les Länder, adoptait une résolution aux allures de pavé dans la mare en demandant à la Commission européenne d’examiner à la loupe «les conséquences des politiques d’incitations fiscales des pays membres sur le marché des voitures non polluantes et silencieuses».

En clair, le Bundesrat demande à la Commission d’élaborer un catalogue de propositions pour encourager la vente des voitures électriques, «de telle sorte qu’au plus tard en 2030 ne soient plus immatriculés au sein de l’UE que des véhicules sans émissions.» Le gouvernement allemand s’était déjà prononcé en faveur d’une «décarbonisation» de l’Union européenne à l’horizon 2030. La ministre de l’Environnement Barbara Hendricks, SPD, exigeait notamment début septembre que «les véhicules immatriculés en 2030 puissent être équipés de moteurs neutres en termes d’émissions» de CO2.

Le Bade-Wurtemberg contre

Mais l’initiative du Bundesrat va encore plus loin. A Berlin comme à Bruxelles mais surtout chez les constructeurs, l’émotion est grande. La résolution du Bundesrat n’a pu être adoptée qu’avec le soutien de Länder dirigés par la CDU et le SPD, dont la Basse-Saxe, siège de VW. A l’inverse, le Bade-Wurtemberg, dirigé par les Verts et le SPD et qui abrite le siège de Daimler, a voté contre.

Le veto du patron du Land, Winfried Kretschmann, représentant de la fraction dite «réaliste» du parti Vert, en dit long sur la vitalité du débat en Allemagne, alors que le parti Vert veut inscrire le sujet à l’ordre du jour de son prochain congrès mi-novembre, dans la capitale du cycle Münster. Fait exceptionnel, le patron de Daimler, Dieter Zetsche, en sera l’un des invités, bien décidé à profiter de l’occasion pour dire tout le mal qu’il pense d’une interdiction des moteurs à combustion à l’horizon 2030.

Pas le rôle de l’Etat, selon Daimler

«Que l’Etat fixe aux constructeurs des contraintes en matière d’émissions de CO2 est tout à fait normal, estime le responsable. Mais imposer une solution technologique, en interdisant par exemple les moteurs à combustion, ne relève pas des compétences de l’Etat. La tâche du gouvernement est d’investir dans les infrastructures qui permettront de développer l’électrification sur la route.»

Daimler ne croit pas en la disparition proche des moteurs à essence et à diesel. L’objectif du groupe est de développer 10 modèles électriques sous le nom de marque EQ à l’horizon 2025. Les véhicules électriques devraient alors représenter 15 à 25% du marché, selon les estimations du groupe.

«Il n’y a pas d’alternative à l’électro-mobilité, rétorque le chef du parti Vert Cem Özdemir. Pas simplement du point de vue du climat. Mais surtout du point de vue de la compétitivité des constructeurs allemands», face à la concurrence acharnée des Chinois, des Japonais et des Américains.