CHIMIE

L'allemand BASF avale Ciba contre une forte prime

La signature, dimanche, de l'accord de rachat de l'entreprise bâloise met fin aux rumeurs de fusion. Armin Meyer reconnaît ses erreurs.

«L'acquisition de Ciba nous ouvre plus facilement la voie vers une croissance bénéficiaire dans les marchés très intéressants des spécialités chimiques.» Jürgen Hambrecht, patron du géant allemand BASF, était fier de son coup, en annonçant, lundi à Zurich, la signature d'un accord de rachat de l'entreprise bâloise. L'offre publique d'achat (OPA) amicale valorise Ciba à 6,1 milliards de francs, soit une prime de 64% comparé au cours moyen des deux derniers mois. BASF entend acquérir au moins deux tiers du capital de la société bâloise.

Excès d'optimisme

L'accord, signé dimanche, met fin aux rumeurs de fusion, notamment avec Clariant, et à un mois de discrètes discussions, dans un climat de demande de démission d'Armin Meyer, président du conseil d'administration et ancien directeur de Ciba. «Les négociations ont été dures mais correctes», souligne Armin Meyer, qui reconnaît ses erreurs stratégiques. «J'ai péché par excès d'optimisme», affirme-t-il, en annonçant qu'il quittera la société au terme du processus de rachat par BASF.

Le groupe allemand s'est fortement renforcé ces dernières années en se tournant vers des activités plus spécialisées, notamment la maîtrise des systèmes de catalyseurs qui font de lui un leader mondial dans la fourniture de pots d'échappement à l'industrie automobile. Le groupe allemand, fortement verticalisé, est présent dans le pétrole et le gaz. Jürgen Hambrecht est d'ailleurs l'artisan d'un gros accord avec la société russe Gazprom. BASF contrôle également une grande partie des fournitures aux industries chimiques par ses produits semi-finis. Ciba, avant de devenir une proie, était l'un de ses clients.

Le chiffre d'affaires annuel du groupe bâlois représente moins de 10% de celui de BASF qui culmine à près de 58 milliards d'euros. Le groupe allemand s'intitule d'ailleurs «L'entreprise chimique», dans le logo associé à son nom. Il ne fait qu'une seule bouchée du «papillon» Ciba, intégré dans le sigle de la société bâloise.

Les activités de Ciba seront incorporées dans le secteur des «produits performants» de BASF, ce qui augmentera de 7% le chiffre d'affaires de cette division. «Soyez patients, ne me demandez pas aujourd'hui quelles sont les synergies possibles et quels seront les collaborateurs touchés. Nous sommes au début du processus», lance Jürgen Hambrecht, 62 ans, lorsqu'il s'agit de préciser la place de Ciba dans le groupe allemand.

Marque maintenue

Les dirigeants de Ciba ont obtenu la garantie de la poursuite de la production durant au moins dix-huit mois dans les usines suisses, et les employés du groupe disposent d'une protection sociale d'un an. Pour le reste, tout est ouvert. Les dirigeants de BASF entendent maintenir la marque Ciba sur certains produits et faire de Bâle l'un des pôles de recherche et développement du groupe. «Les doublons, dans la gamme des produits, ne sont pas très nombreux», rassure Jürgen Hambrecht. Mais une forte restructuration est attendue dans le domaine des produits chimiques liés à l'industrie du papier, secteur dont Ciba voulait se défaire. Le plan de suppression de 2500 emplois, à moitié réalisé par le groupe bâlois, se poursuivra. Par cette acquisition, BASF se renforce dans la chimie haut de gamme, tout particulièrement dans les additifs synthétiques antioxydants et résistants à la lumière. «Grâce au savoir-faire de Ciba nous pourrons mettre plus rapidement de nouveaux produits sur le marché. C'est fondamental aujourd'hui», explique Jürgen Hambrecht.

Tous les actionnaires ne sont pas enchantés par la nouvelle. L'activiste Adriano Agosti, qui possède plus de 1% du capital de Ciba, s'opposera à l'OPA et tentera de trouver des alliés. Mais la prime offerte suffira très certainement à rallier une majorité des deux tiers. Le titre BASF a perdu 4,15% hier à la clôture de la bourse alors que celui de Ciba gagnait 28,11%.

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