Depuis deux semaines, Yello Strom inonde l'Allemagne d'affiches publicitaires pour vanter son électricité bon marché. «Dès aujourd'hui, courant jaune pour tout le monde», annonce la filiale du quatrième producteur allemand d'électricité Energie Bade-Wurtemberg. Si Yello Strom continue d'afficher ce message ou l'un des cinq autres slogans de sa campagne, la société devra payer jusqu'à 500 000 marks (environ 415 000 francs suisses) d'amende. C'est ce que vient de décider un tribunal de Cologne. «Nous voulions un avertissement clair», explique Felix Zimmermann au nom des plaignants, l'association des entreprises communales de Cologne et du producteur d'électricité local.

Selon lui, Yello Strom est coupable de «concurrence déloyale». La plainte joue sur des finesses: aucune décision n'a été prise au niveau national sur les droits de passage du courant sur d'autres réseaux. Il n'est ainsi pas encore possible en Allemagne d'acheter son électricité auprès d'un autre producteur que celui de sa région. Cela n'est qu'une question de mois: ce marché est libéralisé et une solution est discutée. «Cette plainte relève d'un comportement monopolistique», se plaint ainsi Utz Karpenstein, porte-parole de Yello Strom. «Les autres producteurs ont tout simplement peur de perdre des clients. La situation était semblable au début de la libéralisation du marché des télécommunications. Les plaintes ont déferlé, ce fut une bagarre généralisée».

Différences régionales

C'est le plus grand producteur allemand RWE qui a déclenché les hostilités en annonçant qu'il proposerait désormais de vendre l'électricité aux ménages dans toute l'Allemagne avec des rabais allant jusqu'à 20%. Bayernwerk a suivi le mouvement et Energie Bade-Wurtemberg a sorti alors de son chapeau Yello Strom, un projet sur lequel le producteur du Sud de l'Allemagne planchait depuis un certain temps. Après le secteur industriel, la libéralisation du marché de l'électricité touche ainsi également les ménages. En Suisse, où ce processus a au moins deux ans de retard par rapport à l'Allemagne, la lutte pour les petits clients ne devrait pas être aussi féroce. En effet, les prix dans ce segment sont, en moyenne européenne, relativement avantageux, alors que l'industrie paie son électricité relativement cher. En Allemagne, c'est le contraire: ce sont les petits clients qui paient le courant au prix fort.

Les différences entres les régions peuvent pourtant être importantes. En comparant les prix dans 84 grandes villes d'Allemagne, le magazine économique allemand Capital a constaté des variations allant jusqu'à 40%. A Munich, Hambourg et Berlin, le courant est cher.

C'est pour protéger ses prix élevés que le groupe berlinois Bewag s'oppose à laisser passer dans son réseau le courant des autres producteurs. Qu'importe, Yello Strom est décidé à livrer ses clients dès le 1er novembre et si les producteurs allemands ne se sont pas mis d'accord d'ici là sur les droits de passage, la société est prête à prendre en charge la différence entre ses tarifs et ceux du producteur berlinois. L'association des producteurs allemands devrait se mettre d'accord d'ici fin septembre. Ce délai a pourtant été communiqué avant les campagnes agressives de ces dernières semaines et certains groupes pourraient se montrer moins coopératifs. Si les producteurs ne peuvent se mettre d'accord, ce sera pourtant au Ministère de l'économie de fixer les règles du jeu.

Plusieurs voix se sont élevées pour demander que soit créée une instance de contrôle, à l'image de ce qui a été fait pour le marché des télécoms. Christoph Matchie, responsable du dossier écologie au sein du groupe parlementaire social-démocrate au parlement allemand, est favorable à la création d'une telle commission. «Il faut des règles pour encadrer le libre marché et une instance qui contrôle leur application», explique-t-il. Dieter Wolf, président de la commission allemande des cartels, n'est pas de cet avis: «Il est préférable que les producteurs se mettent d'accord entre eux plutôt qu'ils ne se battent contre un organe de contrôle qu'ils pourraient être amenés en fin de compte à financer eux-mêmes», a-t-il expliqué dans une interview au Spiegel. Selon lui, la libéralisation du marché de l'électricité en Allemagne s'opère en toute normalité. «Je ne peux que hocher la tête lorsque j'entends certaines personnes parler de dumping.» Dieter Wolf constate ainsi que les «importantes marges encaissées par des producteurs assis sur des monopoles» appartiennent désormais au passé et ceci «pour le plus grand bien du consommateur».