«Environ 85 millions de votes étaient représentés. Si l'on exclut les parts entre les mains de PPR et de LVMH, on constate que 17 millions de voix ont approuvé les changements induits par l'alliance avec PPR, contre 5 millions de votes contre. Les actionnaires se sont clairement exprimés.» A la sortie d'une Assemblée générale des actionnaires plutôt calme, compte tenu des circonstances, Domenico de Sole, PDG de Gucci, ne cache pas sa satisfaction: les actionnaires «indépendants», n'appartenant a priori à aucun des camps belligérants, se sont prononcés en faveur de l'alliance Gucci-PPR.

L'alliance a été épique: confronté à une montée de LVMH dans son capital, Gucci s'est jeté dans les bras du groupe Pinault Printemps Redoute. LVMH a tenté de s'y opposer devant une juridiction d'Amsterdam, Gucci étant une société de droit néerlandaise. La justice a entériné une bonne partie des pilules empoisonnées mises au point par Gucci pour barrer la route à LVMH. Fin de la première partie. La seconde partie s'est jouée devant les actionnaires. Ceux-ci allaient-ils manifester leur mécontentement?

Rares ont été les voix dissonantes. Le représentant de la VEB, qui regroupe les petits actionnaires néerlandais, s'est bien étonné de la différence de traitement entre LVMH et PPR, le premier étant refoulé parce qu'il refuse de faire une offre sur l'ensemble du capital, ce qui est accepté du second. Objection rejetée par Adrian Bellamy, président du Conseil de surveillance, au motif que «LVMH est un concurrent, ce qui n'est pas le cas de PPR qui, en plus, nous a apporté 3 milliards de dollars en cash».

Présent dans la salle, James Lieber, vice-président de LVMH est resté muet, se contentant de répondre laconiquement à quelques questions des journalistes en marge de la réunion. Selon lui, et contrairement à ce qu'ont répété les dirigeants de Gucci, «la démonstration est claire: PPR a tout contrôle sur Gucci. Ce n'est pas dans l'intérêt des actionnaires. Nous poursuivons notre action en justice», affirme-t-il en référence à la nouvelle plainte déposée devant le tribunal de district d'Amsterdam.

Pour l'instant, LVMH continue à se présenter comme un investisseur à long terme dans la maison d'origine italienne. Quid des affirmations répétées d'Adrian Bellamy, selon lequel cet organe a toujours été ouvert à une offre de reprise à 100% et sans conditions? «Cette suggestion est dénuée de sens à partir du moment où le management de Gucci menace de quitter l'entreprise si nous en prenons le contrôle.» De son côté, Domenico de Sole l'affirme: «Nous n'avons fait aucune proposition à LVMH pour qu'ils sortent de notre capital.» Rendez-vous est pris pour le troisième acte. La date n'est pas encore fixée. Seul le lieu est connu: une chambre d'instance, à Amsterdam.