L'alliance stratégique avec le groupe financier néerlandais Rabobank laisse des marques profondes dans les comptes 2002 du groupe bancaire bâlois Sarasin. L'exercice écoulé se solde en effet par une perte nette de 316 millions de francs, due aux charges constituées après l'intégration, annoncée il y a une année, des activités de gestion privée de Rabobank. On se souvient que le groupe néerlandais contrôle désormais 28% du capital (mais 16% des droits de vote) de l'établissement bâlois. Les charges extraordinaires de l'exercice 2002 consistent essentiellement dans l'amortissement de 90% (soit 289 millions de francs) du goodwill (ou survaleur), constitué alors par les sociétés reprises dans le bilan du groupe Sarasin.

«La forte dépréciation du secteur bancaire, intervenue au deuxième semestre 2002, a nécessité une réévaluation. La bulle qui s'était formée lors de l'intégration est maintenant dégonflée et le bilan de la banque Sarasin assaini», a expliqué Peter E. Merian, responsable opérationnel du groupe bâlois. A cet amortissement se sont ajoutés des coûts de restructuration d'un montant de 52 millions de francs occasionnés par l'intégration des unités de private banking de Rabobank en Suisse, à Guernesey et en Asie (Hongkong et Singapour). Ces restructurations s'étaient traduites en août 2002 par l'annonce de l'élimination d'une centaine d'emplois, suivie en novembre d'une centaine d'autres, imputables celles-ci à l'état des marchés. En 2002, les effectifs de la banque Sarasin se sont déjà contractés de 4,8% à 1281 postes à plein temps, et devraient s'établir à 1132 emplois à fin 2003, selon Matthias Hassels, responsable des finances.

Malgré l'amortissement du goodwill, «le capital propre s'établit encore à 753 millions de francs et dépasse ainsi de 396 millions les exigences légales» rassure Peter E. Merian. Sur une base comparable (pro-forma), l'exercice précédent de Sarasin s'était soldé par un bénéfice de 92 millions de francs. Peter E. Merian table avec prudence sur un nouveau bénéfice de 50 à 60 millions de francs pour 2003.

Les mesures de restructuration ont permis de réduire les charges de personnel de 8% et les charges matérielles de 14% en 2002. Mais dans le même temps, le produit d'exploitation a baissé davantage, soit de 18%, bien que le recul ait pu être limité à 12% dans les affaires de commissions, principale source (77%) de revenus de la banque. Cette dernière a même enregistré un apport d'argent frais de 300 millions de francs (+0,5%). Ce qui n'a pas suffi à compenser l'effet de la chute des marchés. Ceux-ci ont en effet fait fondre les avoir sous gestion de Sarasin de 9,2 milliards de francs (-16%) à 46,4 milliards.

«L'amortissement extraordinaire opéré sur le goodwill n'a aucune incidence sur le prix que devrait payer le groupe néerlandais s'il décidait d'exercer l'option de reprendre les actions restantes de Sarasin», tient à souligner Georg F. Krayer, président du conseil d'administration. Ce prix est en effet basé sur le résultat opérationnel (avant facteurs extraordinaires) des deux dernières années et s'établirait à environ 2000 francs par titre actuellement, alors que l'action se traitait en Bourse à moins de 1200 francs hier: la nominative a rebondi de 5,9% à 1186 francs mardi. Rabobank n'a donc pas intérêt à exercer son option en ce moment, «mais pourrait le faire d'ici à douze mois si les marchés se reprennent», estime Christoph Ritschard, de la Banque Cantonale de Zurich.

«Non, je ne regrette rien», clame malgré tout Georg F. Krayer à propos de l'alliance avec Rabobank. L'internationalisation va même se poursuivre: le patron de Sarasin a en effet annoncé la reprise prochaine d'un établissement de gestion de fortune parisien doté de quelque 150 millions d'euros sous gestion.