Les investisseurs exposés aux tendances générales ont souffert, tandis que les gérants actifs se démenaient pour faire leurs preuves dans un environnement dominé par une très forte aversion au risque. Parallèlement, les stratégies reposant sur le levier financier et les anomalies de cours sont devenues peu rentables. Globalement, seules les liquidités et les obligations d'Etat ont fourni un refuge sûr. Néanmoins, les investisseurs institutionnels ont pu faire face à ces difficultés sans être totalement emportés par le mouvement. Une des manières d'atteindre cet objectif a été le recours à un portefeuille diversifié de placements alternatifs combinant bêta non traditionnels, actifs générant des performances décorrélées et gérants produisant de l'alpha (excédents de performance par rapport au marché produits par des gérants habiles).

Dans les conditions de marché éprouvantes que nous connaissons, la préservation du capital est l'un des avantages d'un portefeuille alternatif diversifié, même s'il est difficile de réaliser des performances positives.

La protection à la baisse dans des conditions de volatilité exacerbée est l'objectif d'un portefeuille alternatif diversifié, même si sur le long terme un tel portefeuille devrait être comparé à un objectif de performance au-delà du rendement du marché monétaire. Ainsi, il est possible de construire un portefeuille présentant à la fois une faible corrélation aux actions et une liquidité raisonnable en investissant dans des actifs tels qu'immobilier, matières premières, senior loans, dette à haut rendement, dette émergente, hedge funds non directionnels, devises, global tactical asset allocation, private equity ou infrastructure.

Si un portefeuille ainsi constitué doit assurer la protection du capital pendant les périodes de débâcle, telle celle que nous venons de connaître, l'allocation d'actifs est un facteur primordial. A cet égard, l'allocation d'actifs globale tactique (global tactical asset allocation, GTAA) est surtout utilisée pour son potentiel de génération d'alpha, notamment sur les marchés traditionnels (actions, obligations, devises), mais elle peut aussi être une source importante de valeur ajoutée dans un portefeuille alternatif. Une approche solide de modélisation quantitative peut permettre d'identifier les catégories de placement alternatives les plus éloignées de leur juste valeur ainsi que leur positionnement mutuel. Certaines stratégies, telles celles axées sur les matières premières, affichent un fort momentum.

Par conséquent, s'il est judicieux de s'exposer aux placements alternatifs, choisir des pondérations fixes n'est pas optimal. Certes, l'ajustement des allocations aux sources d'alpha pur est hasardeux puisqu'il est impossible de savoir véritablement ce que prévoient de faire les gérants. Toutefois, une allocation d'actifs dynamique prend tout son sens lorsque les performances dépendent des fluctuations des marchés et du contexte économique.

Par exemple, début 2007 MSIM a vendu des titres immobiliers européens cotés et a constitué une importante position en matières premières durant l'année et jusqu'à début 2008, avant de solder en totalité une importante exposition à ce secteur à l'été 2008. Parallèlement, nous avons maintenu une forte surpondération de la GTAA, stratégie qui nous semblait propice au vu de la volatilité du marché. Plus récemment, nous avons décidé de surpondérer des fonds senior loans, qui nous paraissaient survendus au point d'offrir une compensation pour des scénarios extrêmement négatifs de défaillance et de recouvrement. Les discovery assets, c'est-à-dire les segments du marché moins connus des investisseurs institutionnels, nous semblent aussi receler une certaine valeur.

Autre critère important: un portefeuille alternatif diversifié devrait afficher une faible corrélation avec les actions. Cela s'applique notamment aux diversified growth funds (DGF), présentés actuellement comme la solution complète idéale pour les investissements hors obligations. En fait, la plupart des DGF incluent des actions et actifs similaires cotés, n'offrant donc pas une diversification suffisante en la matière. D'après nos analyses, la grande majorité des variations de performance des DGF sont dues aux performances mensuelles des marchés actions. En clair, ces fonds sont un moyen onéreux de s'exposer au bêta et ne parviendront que difficilement à protéger le capital en cas de baisse des marchés. Autre point négatif, certains DGF ont une allocation d'actifs fixe, ce qui les empêche d'exploiter les opportunités de performance résultant des tensions du marché. Dans un contexte de volatilité tel celui des matières premières en 2008, par exemple, une répartition dynamique des actifs basée sur une analyse quantitative rigoureuse peut générer une plus-value considérable.

Pour conclure, nous nous dirigeons vers une période de croissance et d'inflation globalement faibles, qui devrait encourager la demande de solutions de placement indépendantes de l'état de santé général des marchés actions. Par ailleurs, les investisseurs qui opteront pour une diversification efficace en instruments alternatifs devraient être bien armés pour résister à de nouvelles turbulences.