Economie

L'allocation universelle: de la théorie à la réalité

Cet outil de politique sociale commence à être pris au sérieux.

Avec la montée en puissance des mouvements rose et vert et leur entrée remarquée dans les gouvernements des pays européens, l'allocation universelle n'est plus considérée comme une simple utopie. Cet outil de politique sociale, appelé aussi revenu d'existence ou revenu de citoyenneté, est vu, par certains économistes tels que James Meade et Anthony Atkinson, comme une proposition sérieuse au problème du chômage, à l'exclusion, à la «fracture sociale», bref, à une société duale. Il s'agit surtout de dissocier le travail, qui est vu comme une contrainte, du droit au revenu et ceci afin de mieux penser le droit au travail comme tel. Les libéraux de gauche de «Démocratie '66» qui font partie de l'actuel gouvernement néerlandais ont intégré cette idée dans leur programme. Il en va de même pour le «Labour Party» de Tony Blair qui en a largement discuté dans sa «Commission for Social Justice». L'idée première d'une telle allocation est qu'elle représente un socle de revenu. Le salaire d'un emploi à temps partiel peut, par exemple, s'ajouter à ce socle et cela sans contrepartie aucune. Elle n'altère en rien le désir ou le besoin des individus de trouver un emploi. Le biais de la «trappe à la pauvreté», que le RMI français a fait naître, est ainsi évité. Toutefois, deux problèmes portent ombrage à ce mécanisme de redistribution. D'abord le budget de l'Etat. Comment croire, par exemple, à l'idée d'une opération blanche? Selon les calculs du français Yves Bresson défendus par Philippe Van Parijs, ce revenu ne doit pas dépasser 1650 francs français par mois. Or, ce montant est bien en deçà du seuil de pauvreté dans ce pays. Ce qui est tout de même curieux pour un revenu d'existence.

Le deuxième obstacle nous est donné par Pierre Bourdieu. Il tire sa force de la valeur du travail et son vecteur de socialisation. C'est parce que le «travail procure, en lui-même, un profit que la perte de l'emploi entraîne une mutation symbolique qui est imputable, autant qu'à la perte du salaire, à la perte des raisons d'être associées au travail et au monde du travail».

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