Les besoins de sommeil diffèrent grandement d’un individu à l’autre. Napoléon avait une idée très précise de la question: un homme dort six heures, une femme sept et un idiot huit. Les écarts sont considérables entre les espèces animales, de 1,9 heure pour la girafe à 19,9 heures la chauve-souris.

Longtemps, la science a peiné à développer une théorie convaincante de cette phase de récupération essentielle. Car le sommeil sert à assimiler et consolider les expériences vécues ainsi qu’à enregistrer les souvenirs, a déclaré le professeur Thomas Szucs, responsable de l’économie médicale à l’Université de Zurich, lors d’une présentation de la société BB Biotech. Toutefois une part considérable de la population souffre de troubles du sommeil. On parle de 8,5 à 24,3% en fonction des études. Les effets de l’insomnie ne se limitent pas à une moindre efficience au travail ou à une plus grande irritation. Le diabète, le risque d’accident de la circulation, l’obésité, les affections cardiovasculaires et bien d’autres risques accompagnent ce problème de santé publique. Le coût direct de l’insomnie atteint 15 milliards de dollars (15,9 milliards de francs) aux Etats-Unis et les coûts indirects 50 milliards de dollars.

Le défi thérapeutique est expliqué par le professeur Szucs: Comme l’insomnie influence la maladie de Parkinson, la dépression, l’épilepsie, la démence et l’asthme, un bon médicament contre l’insomnie influencera positivement toutes ces dernières maladies.

Déjà un médicament d’Aventis

L’industrie pharmaceutique a proposé dans les années 1950 des traitements fondés sur l’hypothèse d’un cerveau inactif la nuit. C’était le temps des barbituriques. Puis vinrent les benzodiazépines, plus sûrs et offrant une action plus brève, mais qui s’accompagnent d’effets secondaires et d’un risque d’accoutumance. Le premier médicament contre l’insomnie est actuellement le Stilnox d’Aventis, avec 2 milliards d’euros (3 milliards de francs) de chiffre d’affaires. Son originalité est de se lier de manière sélective aux récepteurs cérébraux présumés responsables de l’activité hypnotique.

La biotech bâloise Actelion avance une solution prometteuse avec l’Almorexant. L’innovation est majeure parce qu’elle emploie une voie complètement différente des produits existants. Elle cible les orexines, qui sont des modulateurs des neuropeptides (protéines fabriquées par le cerveau lui-même) et sont produits dans la région du cerveau appelée hypothalamus.

Cette solution, si les tests sont concluants, offrira deux énormes progrès, l’absence de dépendance et le maintien du cycle de récupération nocturne. Non seulement le patient dort plus longtemps, mais le matin il se sent vraiment reposé. L’histoire de cette molécule, dont on devrait présenter les tests de phase III avant la fin de l’année, est pour le moins originale. C’est en travaillant sur les troubles de l’appétit du chien qu’a été découverte cette molécule miracle. L’animal avait tendance à s’assoupir. Le projet «orexine» a débuté dès 1999 chez Actelion par le clonage et la culture de cellules exprimant les récepteurs d’origine animale et humaine, explique la société.

L’Almorexant bloque donc le processus de veille. Mais il a l’avantage de produire un sommeil «naturel».

Cette petite molécule peut aussi changer complètement la dimension de la biotech bâloise. Actelion est déjà le numéro un de la biotech européenne. Mais la valeur de l’entreprise peut doubler, selon les analystes financiers. Certains évaluent le potentiel à plus de 3 milliards de francs de chiffre d’affaires. D’autres, comme Kepler, sont plus sceptiques après avoir vu un grand nombre de déconvenues pharmaceutiques dans ce secteur. Le broker met en garde contre le risque des tests de sécurité du produit et le défi commercial. Il prévoit 100 millions de francs de chiffre d’affaires en 2015 pour un prix de 100 à 250 euros par patient et par année.