Concurrence

L’amende européenne record contre Google est aussi une affaire entre Américains

La multinationale américaine est accusée par Bruxelles d’avoir favorisé son service de comparaison de prix au détriment de ceux des concurrents. L’affaire devrait durer encore plusieurs années

Jamais la Commission européenne n’avait infligé une amende d’une telle ampleur à une entreprise. Avec une facture de 2,42 milliards d'euros (2,64 milliards de francs) reçue mardi, Google bat le record du 1,06 milliard d’euros infligé en 2009 à Intel. Bruxelles reproche au moteur de recherche un point bien précis: il abuserait de sa position dominante en mettant en avant son service «Shopping» au détriment de concurrents qui deviennent invisibles dans les résultats de recherche.

Google – qui a affirmé mardi être «respectueusement en désaccord» – serait-il le dernier symbole de multinationales américaines harcelées par Bruxelles? En réalité, le moteur de recherche ne livre pas seulement un bras de fer contre Bruxelles. Mais aussi contre ses concurrents, souvent américains, qui n’ont pas de mots assez durs contre lui. «Les résultats de recherche de Google ne sont pas destinés à afficher les meilleurs résultats possibles, mais plutôt à enrichir au maximum la société.» Autre exemple: «Google peut déployer ses pratiques insidieuses de manipulation pour s’approprier la part du lion du trafic et du chiffre d’affaires dans tous les secteurs qu’il choisit, pulvérisant tranquillement la concurrence […].»

L’exemple de Playmobil

La première phrase provient d’un communiqué publié mardi par FairSearch, une association de plaignants regroupant notamment les américains TripAdvisor, Expedia, Hotwire, Oracle, ShopCity ou encore le français Twenga. Le second émane de Foundem, un comparateur de prix basé en Grande-Bretagne. On est donc loin d’un combat «Bruxelles contre Google», d’autant que, lundi, sept entreprises américaines, dont News Corporation, Yelp ou encore Getty Images, apportaient leur soutien à Margrethe Vestager, commissaire européenne chargée de la Concurrence. Microsoft fut membre de FairSearch jusqu’en 2016 et l’éditeur allemand Axel Springer – propriétaire, avec Ringier, du Temps, a aussi soutenu FairSearch.

Que reprochent exactement ces multinationales et Bruxelles à Google? Lorsque l’on recherche par exemple «Playmobil police» avec le moteur de recherche, s’affiche en haut de page le service Google Shopping, le comparateur de prix de la société américaine. Manor, Microspot ou encore Melectronics ont payé Google pour être présents – le plus haut possible – dans cette section. Et cette mise en avant de Google Shopping se fait au détriment d’autres comparateurs de prix (tel Kelkoo) ou de sites globaux de vente (tel Amazon). «Les dix premiers résultats de recherche générique figurant sur la page 1 reçoivent ensemble généralement 95% du total des clics», affirme mardi la Commission européenne.

Algorithmes pas neutres

Margrethe Vestager insiste: il n’est pas question de mettre en cause la position dominante de Google. Mais elle critique un abus de cette position. La Danoise affirme que les algorithmes de la société sont conçus pour avantager ses propres services et défavoriser les concurrents – «Il est établi que même le service concurrent le mieux classé n’apparaît en moyenne qu’à la page 4 des résultats de la recherche de Google», affirme la Commission européenne. Le montant de l’amende a été calculé sur la base de l’argent indûment gagné par la société depuis le lancement de Shopping dans plusieurs pays européens.

Démarrée en 2010, l’enquête menée par Bruxelles donnera encore lieu à plusieurs épisodes. Google a 90 jours pour cesser «ses pratiques illégales», sous peine de devoir verser à la Commission jusqu’à 5% du chiffre d’affaires quotidien mondial de sa maison mère Alphabet. La multinationale envisageait mardi un appel, qui ouvrirait la porte à une procédure de plusieurs années.

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Utiliser Google et en connaître le prix

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