Coup sur coup, deux bonnes nouvelles sont venues ponctuer ce jeudi tard dans la soirée: John Chambers, le patron de Cisco, a annoncé que les commandes durant les premières semaines de ce trimestre, commencé le 29 juillet, étaient en ligne avec ses attentes. «Nous commençons à voir les premiers signes d'une stabilisation de nos affaires», a-t-il déclaré. Le 7 août encore, celui que l'on a longtemps considéré comme le jeune prodige de la profession, voire même un prédicateur, faisait état d'un bénéfice net en chute de 99% au quatrième trimestre fiscal (avril-juin) par rapport à la même période un an plus tôt. Pire, sur l'ensemble de l'année fiscale, Cisco enregistrait sa première perte depuis onze ans. Vendredi, les investisseurs reconnaissaient donc leur soulagement en faisant bondir le titre de près de 7% en début de séance, entraînant le Nasdaq et les marchés européens à la hausse.

John Chambers a annoncé dans la foulée une réorganisation majeure du premier équipementier mondial de réseaux pour Internet. Jusqu'à présent organisé en trois branches – commercial, fournisseur de services, entreprises –, Cisco va adopter une structure par familles de technologies, onze en tout, qu'il s'agisse de l'accès, des systèmes d'exploitation ou encore du stockage. Cet éclatement sur le plan des unités s'accompagne d'un regroupement des forces tant dans la recherche, pour éviter les doublons, que dans les services à la clientèle. Celle-ci pourra désormais s'adresser à une sorte de guichet unique pour tous ses problèmes. Au cœur de ces changements, souligne John Chambers, «figurent les attentes de nos clients». «Cette réorganisation est également un signe fort à l'égard des employés, estime Jacques Favre, gérant du fonds Cyberfund chez Darier Hentsch. On n'entreprend pas un pareil chantier si l'on s'apprête à se séparer de la moitié de ses collaborateurs.»

Lucent se reconcentre

Voilà pour la première bonne nouvelle. La seconde, plus mitigée, vient de l'un des concurrents de Cisco, Lucent. Ancien fleuron de l'industrie américaine, le groupe, qui se débat dans des problèmes sans fin, a annoncé qu'il disposait de deux fois plus de liquidités que nécessaire pour mener à bien sa radicale et saignante restructuration. Là aussi, les investisseurs ont été soulagés. Car que l'on ne s'y méprenne pas: c'est bien la survie de Lucent que les opérateurs commençaient à remettre en cause, même si le géant des équipements en télécoms avait fait taire ces rumeurs alarmistes. Il espère maintenant revenir à la rentabilité d'ici à 2002 – avec deux fois moins d'employés – et ce malgré une contraction du marché de 5 à 10% l'an prochain. Pour y parvenir, outre le licenciement d'environ 60 000 collaborateurs d'ici à 2002, Lucent va se recentrer sur une trentaine de gros clients comme Deutsche Telekom. Les efforts de recherche et de développement seront eux aussi concentrés sur certains produits comme les solutions mobiles de deuxième et troisième générations. A quoi s'ajoute une forte restriction des prêts octroyés à ses clients. Dans l'attente de ce retournement de tendance, Lucent a averti qu'il s'attendait à un quatrième trimestre, clos en septembre, «troublé».

Des deux sociétés, Jacques Favre est plus optimiste pour Cisco, même s'il attend la confirmation du redémarrage. «Cisco va profiter du fait que les entreprises continuent à dépenser dans les réseaux Internet. Je suis plus sceptique sur Lucent car le secteur des fibres optiques ou du téléphone fixe va encore affronter des temps difficiles.»