Revue des idées économiques

L’américanisation des universités européennes

Le passage à l’anglais et la standardisation des systèmes universitaires conduisent à l’américanisation et modifient les tendances migratoires des étudiants: il y a plus d’Américains en Europe et moins d’Européens aux Etats-Unis, selon un travail de recherche.

La tendance est née dans les années 1970 et elle s’est accélérée par la suite. Mais ces cinq dernières années, elle s’est inversée au profit d’une mobilité étudiante interne à l’Union européenne, selon les auteurs d’une étude de l’IZA (1).

Il y a 35 ans, les étudiants européens sont sortis progressivement de leurs frontières et sont souvent partis étudier aux Etats-Unis. Entre 1999 et 2006, la proportion d’étudiants qui ont migré aux Etats-Unis a atteint 10% du total. Elle était plus élevée pour les Britanniques et les Suédois, très faible pour les Italiens et les Autrichiens. A l’opposé, le nombre d’étudiants américains prenant le chemin de l’Europe ne s’est accéléré que bien plus tard, à partir de 1992.

Cette migration s’est accompagnée d’une plus grande coopération internationale dans le domaine de la recherche. Les causes sont nombreuses: Le passage à l’anglais d’abord, mais aussi l’amélioration des possibilités de voyage, avec la baisse des prix du transport aérien. Les communications se sont accélérées avec l’arrivée d’internet. L’octroi des diplômes a été standardisé et harmonisé. Les habitudes et les institutions ont convergé vers un modèle que l’étude nomme «américanisation» et dont ils analysent les effets.

L’anglais s’est imposé vraiment dans les années 1970 comme lingua franca au sein des universités et des travaux de recherche. Mais en 1850, le latin était encore la langue dominante dans l’écriture des dissertations. L’allemand et plus tard le français ont ensuite accru leur présence. L’anglais n’a fait son apparition qu’après la Première Guerre mondiale en Europe continentale. Le latin a pour sa part disparu dans les années 1960.

Les auteurs observent que le premier journal de recherche économique en anglais, juste après la Deuxième guerre, a été le «quarterly review» de la Banca nazionale del Lavoro. Et le premier journal économique national qui est passé à l’anglais est suédois (1964). En 1990 toutefois, on comptait 26 revues de recherche économique internationales.

A partir de la fin du siècle dernier, les systèmes universitaires se sont progressivement standardisés en Europe avec Bologne en point d’orgue (1999). Les sciences et la médecine, ainsi que l’économie sont naturellement plus concernées par ces changements que le droit et la littérature, note l’étude. Celle-ci se penche plus particulièrement l’exemple des Pays-Bas.

Dans les travaux de recherche sur les systèmes universitaires, et notamment la recherche en économie, Drèze et Esteban avaient produit en 2007 un travail provocateur. Ils montraient que la recherche économique américaine était trois fois supérieure à celle de l’Europe. «Les objectifs du Traité de Lisbonne sont hors d’atteinte», estimaient-ils. Un autre travail, effectué par Cardoso et Zimmermann en 2008 concluait aussi que la recherche universitaire américaine était meilleure que la recherche européenne.

Non seulement les chercheurs de l’IZA mettent en évidence l’américanisation du système universitaire et de recherche, mais ils estiment que celui comporte un coût pour les grands pays européens (Allemagne, France, Espagne). On sous-estime la valeur de la production européenne dans la langue d’origine, disent-ils.

Maintenant que la recherche a été harmonisée et plus orientée sur les thèmes américains, le besoin de s’expatrier aux Etats-Unis a disparu pour les étudiants européens. Parallèlement, le système européen est plus attractif pour les Américains et Asiatiques.

(1)The Americanization of Europea Higher Education and Research, Lex Borghans, Frank Cörvers, Institute for the study of labor, IZA DP 4445, 2009

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