L'action ABB n'aura profité qu'une dizaine de jours de la décision favorable et définitive dont a bénéficié le 3 janvier le groupe de construction américain Halliburton. Celle-ci concernait le dossier des plaintes collectives de victimes de l'amiante.

Après avoir gagné 4% durant cette période, l'action ABB a poursuivi sa décrue. Précisément depuis que la Cour de justice américaine a refusé, mercredi, un recours du groupe helvético-suédois lui demandant de revenir sur une première décision négative dans l'épineux dossier des plaintes collectives sur l'amiante. L'affaire concerne Combustion Engineering, rachetée les yeux fermés dans les années 90 par ABB et son patron d'alors, Percy Barnevik.

Le même tribunal avait causé la surprise début décembre en jugeant que l'accord conclu avec les plaignants devrait être renégocié. La décision revenait à refuser d'étendre un accord global portant sur 1,2 milliard de dollars à deux anciennes filiales, les sociétés américaines Lummus (raffinage) et Basic qui partageaient les sites de production de Combustion Engineering.

Révision complète du dossier?

Le rejet du recours d'ABB n'a que faiblement surpris les juristes de la société. Cette décision n'en est pas moins considérée comme un nouveau revers par le marché. «Cela implique désormais que tout le dossier soit revu et qu'une nouvelle proposition d'indemnisation soit faite par ABB avant d'espérer un règlement final de ce dossier», commentait vendredi Eric Joyau, de la Banque Bordier. Ce dernier s'attend désormais à «une augmentation sensible de cette indemnisation». Il estime par ailleurs que le groupe ABB devra réintégrer dans ses comptes les sociétés Lummus et Basic. Ce qui aura un impact négatif de 50 points de base sur la marge opérationnelle du groupe. Enfin, compte tenu des incertitudes qui pèsent sur l'amiante, les emprunts ABB (BB-) ont, selon le spécialiste genevois, peu de chance de retrouver le seuil d'investissement. La plupart des analystes estiment cependant qu'il est difficile d'évaluer l'ampleur d'une éventuelle augmentation du montant de l'indemnisation.

Cette situation ne facilite guère les passages de témoin qui s'opèrent actuellement au sein du groupe ABB. Notamment l'entrée en fonction, le 1er février prochain, du Belge Michel Demaré (48 ans) en tant que nouveau responsable des finances. Son prédécesseur, Michel Voser, avait quitté le groupe à fin septembre déjà pour rejoindre Shell, d'où il était venu. Par ailleurs, c'est ce mois que le nouveau responsable opérationnel du groupe, Fred Kindle, a succédé à Jürgen Dormann, replié désormais sur la présidence du conseil d'administration.

Le dossier ABB renvoie au coût énorme pour l'économie américaine des poursuites judiciaires engagées par des plaignants ou victimes exposées à l'amiante. Les dommages liés à des plaintes collectives (RC, erreurs médicales et dommages non assurés) ont augmenté en 2003 de 13 milliards de dollars pour s'établir à 246 milliards de dollars. Et les deux tiers de cette progression sont encore à mettre sur le compte de l'amiante, selon une estimation du cabinet Towers & Perrin.