Ne pas relâcher la pression… Cinq mois après le G20 d’avril à Londres, les ministres des finances des 20 principales puissances économiques de la planète se retrouvent ce samedi dans la capitale britannique, pour tenter de prendre des décisions concrètes sur la régulation financière. Ils préparent le terrain pour le G20 de Pittsburgh, aux Etats-Unis, dans trois semaines.

Mais les premiers signes de reprise économique rendent l’urgence politique moins forte et les grands principes d’avril dernier risquent de rester lettre morte. «C’est un moment clé, reconnaît Christine Lagarde, la ministre française de l’économie. On sent des signes de reprise. La tentation, c’est de revenir au «business as usual». Mais personne ne veut que ça recommence comme avant. On veut que les règles changent.»

La France entend notamment être «attentive» aux paradis fiscaux. Depuis avril, le dossier a avancé. En publiant une liste «noire» et une liste «grise» des paradis fiscaux (où se trouve la Suisse), l’OCDE - agissant pour le G20 - a forcé les pays concernés à réagir. Depuis, 50 accords d’échange d’informations fiscales ont été signés, autant que pendant les neuf années précédentes. Grâce à cela, plus aucun pays n’est sur la liste noire (tous se sont désormais engagés à respecter les normes internationales, même s’il reste à les appliquer), et six sont sortis de la «liste grise» (dont les îles Caïmans et le Luxembourg). Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE, parle d’une «révolution».

Mais si Christine Lagarde salue ces «progrès», elle estime qu’il est désormais temps de parler d’éventuelles sanctions contre ceux qui n’appliqueraient pas les règles d’échanges d’informations fiscales. Reste à définir lesquelles, et dans quelles conditions.

Un autre point de friction vient des bonus. Si tous les pays se sont accordés dès avril sur les grands principes devant les encadrer (bonus versés sur plusieurs années, non garantis…), un accord précis est loin d’être acquis. Faut-il par exemple fixer pour les rémunérations une limite fixe exprimée en pourcentage du bénéfice, ou du chiffre d’affaires? Jeudi, une lettre commune de Nicolas Sarkozy, Gordon Brown et Angela Merkel permettait d’entrevoir une position européenne commune. «Mais notre point de vue est plus éloigné de celui de la Grande-Bretagne que de celui de l’Allemagne, et celui des Etats-Unis est encore plus éloigné», souligne un négociateur français.

Enfin, le G20 finance doit aussi être l’occasion de parler de la sortie de crise. Si tous les pays ont pris des mesures de relance, à quel moment faudra-t-il commencer à les arrêter? Les Britanniques en particulier, dont l’économie a continué à reculer au deuxième trimestre, contrairement à la France et l’Allemagne, s’inquiètent de voir les plans de relance interrompus trop tôt. «Il faudra le faire ensemble, de la manière la plus coordonnée possible», souligne Christine Lagarde, sans pour autant indiquer de durée précise.