Située dans le système des trois piliers entre une assurance sociale étatique et rigide d'une part, et une prévoyance individuelle de l'autre, la prévoyance professionnelle se caractérise par sa grande flexibilité. En effet, alors qu'employés et employeur souhaiteraient idéalement bâtir la meilleure prévoyance possible, cette construction reste en fait conditionnée par trois facteurs: les directives légales, le collectif avec en particulier la vision de l'employeur et enfin le point de vue individuel de l'assuré. Ces éléments créent une marge de manœuvre qui implique des choix de la part des employés et de l'employeur. C'est ici que se situe l'origine de la flexibilité, avec ses opportunités et ses limites.

Lors de leur entrée en vigueur, la loi fédérale sur la prévoyance professionnelle (LPP - 1985), puis par la suite la loi fédérale sur le libre passage (LFLP - 1995), ont instauré un cadre minimal devant être respecté par chaque plan de prévoyance, en particulier en matière de bénéficiaires, de financement, de prestations et d'organisation. Chaque autorité de surveillance cantonale disposait d'une certaine marge dans l'interprétation de la loi, essentiellement en termes d'admissibilité du plan de prévoyance. Ces différences de traitement ont été annulées avec la révision de la LPP en inscrivant dans la loi les principes de la prévoyance professionnelle. Contrairement aux idées reçues, il ne s'agissait pas là d'un élargissement ou d'une restriction des possibilités dans le cadre de la prévoyance, mais bien d'une harmonisation fédérale. En effet, certaines caisses de pension avaient mis en place des plans à choix bien avant cette étape. Désormais, les règles sont uniformes, notamment pour le salaire assuré maximum (CHF 795600 par année), l'âge minimal de retraite (58 ans), le maximum des cotisations réglementaires destinées à l'épargne (25% de la somme des salaires AVS), le plafond des prestations de vieillesse (70% du dernier salaire AVS) ou la possibilité de proposer un choix individuel de plan (au maximum trois), voire de stratégie de placement (exclusivement pour la part de salaire supérieure à CHF 119340 par année).

Dans le respect de ce cadre légal, minimal et maximal, l'employeur et les représentants des assurés définissent ensuite le plan de prévoyance en lien direct avec l'évolution de la société et la politique sociale de l'employeur. Ainsi, la mobilité et l'individualisation toujours accrues des employés réduisent l'identification à l'entreprise et se répercutent dans la tendance à réduire les solidarités présentes de manière directe ou sous-jacente dans le règlement de prévoyance. La tendance au passage à un système en primauté des cotisations et la possibilité du choix individuel des placements en sont les principaux reflets. Ensuite le degré d'implication de l'entreprise dans la prévoyance de son personnel se retrouve dans la charge financière souhaitée, la répartition des cotisations et le type d'organisation choisie. De plus, le plan de prévoyance doit être adéquat avec la politique sociale de l'entreprise. Peuvent donc se poser la question de la prise en compte de la part variable des revenus, de la création de divers cercles d'assurés ou de la mise en place de la retraite anticipée voire flexible. En fonction de la forme d'organisation choisie (fondation collective, commune ou propre), les possibilités seront différentes. Le marché des solutions collectives démontre actuellement un certain dynamisme.

Ensuite, en fonction des possibilités offertes par le plan de prévoyance, l'assuré peut effectuer lui-même certains choix. Toutefois sa vision sera influencée par sa situation personnelle et sa capacité financière. Il aura ainsi plus ou moins la liberté d'effectuer un rachat des prestations réglementaires voire pour le préfinancement de la retraite anticipée, de procéder à un versement anticipé pour le logement, de planifier son départ à la retraite et de choisir le type de versement des prestations (rente ou capital).

De plus, dans la mesure où la caisse de pension lui en offre la possibilité, l'employé peut aussi choisir son plan de prévoyance au sein de son cercle, et sa propre stratégie de placement. Ces deux derniers choix représentent actuellement le niveau maximal de l'individualisation dans la prévoyance professionnelle helvétique et sont conditionnés par le profil de l'assuré envers le risque.

Cette tendance à l'individualisation et à la flexibilisation est aussi observée dans l'Espace européen dans lequel, à différents niveaux, l'assuré peut choisir son institution, ses placements, sa retraite flexible, voire sa cotisation. En Suisse, la prochaine étape à venir pourrait être le libre choix de l'institution de prévoyance. Mais elle signifierait alors l'abandon du principe de collectivité, c'est-à-dire la notion même d'assurance. Il est intéressant de constater que quelques pays prennent aujourd'hui certaines mesures correctives allant dans le sens d'une «déflexibilisation».

Au centre du système des trois piliers, la prévoyance professionnelle témoigne de sa flexibilité, entre collectivité et individualisation. L'enjeu réside dans un dosage optimal, afin de garantir l'attractivité et la pérennité de la prévoyance professionnelle.