Economie

L'analyse. Une crise pire qu'en 1929?

L'analyse.

«Le grand choc mondial ne viendra pas d'un conflit entre civilisations, mais de l'accélération à grande vitesse du processus de destruction monétaire», écrit Pierre Leconte dans son dernier ouvrage*. Les Etats-Unis ont créé moins de dollars de leur création en 1776 à l'an 2000 que de cette date à aujourd'hui. Une montagne de dettes s'est alors accumulée, écrit Leconte. La crise devait éclater. Mais la Réserve fédérale a eu tort d'abaisser les taux d'intérêt le 18 septembre. Un acte qui s'inscrit dans la droite ligne de Keynes, ajoute-t-il. L'auteur crie au scandale et avertit: les effets de la crise financière seront «pires que ceux de la crise de 1929». Le dollar va s'effondrer, puis l'euro, lui-même garanti à 80% par des réserves en dollar. C'est le scénario catastrophe, semblable à celui que dépeint Jacques Attali dans sa «brève histoire de l'avenir», avancé en l'occurrence de deux décennies.

La grande crise de la dette américaine est causée par l'interventionnisme des banques centrales, explique Leconte. En septembre dernier, elles n'ont pas voulu remettre de l'ordre dans le système monétaire. Elles n'ont pas gagné durablement le calme sur les marchés boursiers, mais ont «de façon peu honorable hâté la destruction du système monétaire». Et il durcit le ton: «Quand un banquier central choisit l'inflation au profit du maintien de cours de bourse surévalués et nationalise les pertes des banques privées [...], ce n'est plus un banquier central, c'est un faux-monnayeur.» Il cite Jacques Lhuillier, professeur de plusieurs générations d'économistes à Genève: si la monnaie est émise si souvent en quantités excessives, c'est en raison de sa propriété maléfique de créer l'illusion qu'elle desserrera les rudes contraintes de l'économie réelle. La Fed oublie qu'il est impossible pour quiconque, même pour l'Etat, d'appréhender le monde dans sa totalité. C'est la philosophie défendue par Pascal Salin lorsqu'il écrit que «l'intérêt des hommes d'Etat consiste à créer des illusions de manière à ce que les hommes d'affaires, et peut-être l'ensemble de l'opinion, croient qu'ils sont capables de stimuler l'activité économique à long terme». Tout ceci montre que la crise du «subprime» n'est pas une crise du capitalisme, mais du dirigisme.

Ben Bernanke n'a pas réussi son test. L'homme qui veut, en cas de crise, jeter des tonnes de billets par hélicoptère n'a rien vu venir. Il n'a ni lancé d'avertissement ni réagi correctement au «subprime». Il s'est réfugié derrière le langage des marchés au lieu de défendre de sains principes. Sa politique provoque la chute du dollar et déploie des effets très pervers. Leconte demande de supprimer les banques centrales. C'est oublier leurs mérites bien réels et leur responsabilité à l'égard non seulement de la stabilité des prix mais aussi du système financier. En août, l'absence de liquidités empêchait le marché de fonctionner. A notre avis, la Fed devait agir et rétablir le fonctionnement du marché monétaire. Mais la baisse des taux directeurs le 18 septembre était une grave erreur qui se lit dans le cours du dollar et dans ses dégâts collatéraux.

Sur les dégâts de la politique américaine, Pierre Leconte a mille fois raison. L'effondrement du billet vert est le canal de transmission de la crise boursière. Mais il se trompe sur deux points clés. Il sous-estime la capacité des banques centrales. Leurs réserves totales ne sont peut-être que de 5600 milliards, soit moins de deux jours de transactions sur les monnaies. Mais elles gèrent aussi les taux d'intérêt et l'art de la communication. Le scénario catastrophe qu'il anticipe, la grande crise du XXIe siècle, n'est pas pour aujourd'hui. C'est une saine secousse après des années de fuites dans la dette. Pierre Leconte argumente, à tort, en faveur d'un retour à l'étalon-or. C'est plutôt l'absence de coopération internationale qui mine le système et la perte de confiance envers les banques centrales. Ben Bernanke a entamé son capital-confiance, sans atteindre l'objectif de stabilité. Il a même relancé les craintes d'inflation sans réduire celles de récession.

*La grande crise monétaire du XXIe siècle a déjà commencé! Pierre Leconte, Edition Jean-Cyrille Godefroy, octobre 2007

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