Une petite révolution se produit aujourd'hui sur le marché des droits de polluer: l'European Climate Exchange (ECE), la plus grande Bourse climatique, lance les toutes premières options cotées sur le CO2.

Ine option donne le droit d'acheter ou de vendre un quota européen d'émission de CO2 (un droit de polluer), à une date et à un prix déterminés. «Les options vont permettre aux intervenants de proposer davantage de produits pour répondre aux besoins de couverture de leurs clients», estime Emmanuel Fages, analyste chez Orbeo, une coentreprise active sur ce marché fondée en juillet par la banque Société Générale et le chimiste Rhodia.

L'introduction d'options a été rendue possible grâce à la forte progression de la liquidité. Le volume quotidien atteint désormais 5 millions de tonnes, tandis que le nombre de positions ouvertes sur l'ECE a quadruplé depuis un an. Ce marché en route vers la maturité intéresse déjà quelques hedge funds. C'est le cas du fonds Cumulus Weather. «Nous espérons acheter des options climatiques dès vendredi pour réduire nos risques», explique Peter Brewer, son gérant à Londres. Le Cumulus Weather gagne 7,3% depuis le début de l'année.

«D'autres ont pas mal perdu lors de la chute des cours de mai et ont plié bagages», commente Laurent Segalen, qui gère l'European Carbon Fund de la banque Ixis à Paris. Ce fonds fermé a récolté 142,7 millions d'euros investis dans des projets de réduction des émissions de CO2 dans les pays en développement. Une fois validés par la Conférence de l'ONU sur le climat, ces projets reçoivent des CRE (Certificats de réduction d'émission) monnayables sur les Bourses climatiques. «Nous fonctionnons comme un fonds de private equity. L'argent est bloqué jusqu'à la fin du Protocole de Kyoto, en 2012», précise Laurent Segalen.

«Toute cette mécanique est très récente et donc risquée», prévient Bjorn Urbal de Sam Asset Management à Zurich. Mais l'investissement nécessaire pour obtenir des CRE ne représente souvent qu'une fraction de leur prix de revente. Et l'espoir de juteux bénéfices commence à attirer les capitaux. Le mois dernier, Climate Change Capital, un fonds londonien similaire à celui d'Ixis, a récolté 830 millions de dollars. D'autres ont récemment été lancés.

A Genève, la société Ecoinvest Carbon a été mise sur pied en 2005 pour gérer les opérations climatiques de Bunge, une multinationale active dans les matières premières agricoles. Elle s'intéresse notamment aux CRE. Ces derniers sont tellement rentables qu'ils sont devenus un élément essentiel des bénéfices de Rhodia.