A défaut de dévoiler sa stratégie, SAirGroup déplace quelques pions. Mercredi, SairGroup annonçait que la publication de ses résultats serait retardée de trois semaines. Les performances du groupe en 2000 seront donc dévoilées le 2 avril au lieu du 12 mars, ce qui n'a étonné qu'à moitié les analystes, au vu du revirement complet de stratégie de la firme et des modifications qui doivent encore être opérées dans l'organigramme, notamment en ce qui concerne le remplaçant de Philippe Bruggisser.

Par ailleurs, une source syndicale française annonçait mercredi l'arrivée à la tête d'AOM-Air Liberté-Air Littoral de Marc Rochet, ancien PDG d'AOM puis d'Air Liberté. Ce qui a été confirmé par SAirGroup plus tard dans la journée, après plusieurs jours de rumeurs qui faisaient état du retour en grâce du manager. Quelques mauvaises langues estimant même à Paris que la nomination s'était fait attendre, car Marc Rochet aurait négocié âprement les conditions de son mandat. Les rumeurs, relayées notamment par le quotidien Le Monde, faisaient en effet état de la vente par appartements du pôle français de SAirGroup. Son futur patron se serait inquiété de ce qui pourrait advenir de son poste une fois le démantèlement mené à son terme.

Le destin des compagnies françaises du groupe suisse est-il pour autant scellé avec la nomination du remplaçant de Paul Reutlinger? Rien n'est moins sûr. Moritz Suter, le nouveau patron du pôle aérien de SAir, soulignait la semaine dernière devant des journalistes à Bâle qu'il se sentait responsable de l'avenir des trois compagnies françaises. Selon les mots de ce dernier, la relation avec Sabena semblait beaucoup plus fragile. D'après la même source syndicale parisienne, si Marc Rochet a reçu carte blanche de la part de son conseil de surveillance pour restructurer drastiquement les entreprises dont il a la charge, aucune vente par appartements ne serait envisagée.

Peut-être faute de candidats. «Air France ne pourrait pas reprendre une compagnie comme Air Liberté pour des raisons de concurrence et British Airways, qui est sortie du marché français, n'a sûrement aucune envie d'y entrer à nouveau vu le contexte, explique un spécialiste du secteur aérien. Reste KLM, mais il y a peu de chances pour que cette compagnie ou une autre souhaite racheter des transporteurs déficitaires.» Le PDG de Nouvelles Frontières Jacques Maillot a indiqué à l'AFP qu'il «suivait de près ce qui se passait». Il n'a toutefois pas donné de précisions sur ses intentions, en soulignant que la situation des compagnies du pôle français de SAirGroup empirait de jour en jour. Nouvelles Frontières contrôle notamment la compagnie aérienne Corsair, basée à l'aéroport d'Orly, tout comme AOM et Air Liberté. SAirGroup, qui a injecté près de 500 millions de francs en décembre dans le second pôle aérien français, pourrait bien décider d'assumer ses responsabilités au prix d'une restructuration sévère. La purge ne passerait pas sans mal. Marc Rochet, tout comme avant lui Paul Reutlinger, va se retrouver en face de onze syndicats puissants, dont certains représentants expliquaient déjà mercredi soir que cette nomination n'était pas une bonne nouvelle.

Possible reprise d'Air Littoral

Le conseil de surveillance d'AOM-Air Liberté, qui s'est tenu mercredi à Paris, a reçu la démission de son président, Alexandre de Couvelaire, qui sera remplacé par René Lapautre, ancien président d'UTA. Un conseil de surveillance d'Air Littoral, la troisième compagnie française sous contrôle de SAirGroup, devait aussi se tenir le même jour, sans que plus d'informations n'aient filtré. Le sort du transporteur basé à Montpellier semble de plus en plus indépendant de celui du pôle AOM-Air Liberté. Un représentant syndical avait indiqué le 6 février que Air Littoral allait être exclue du protocole d'accord prévoyant sa fusion avec Air Liberté et AOM. Si certains spéculent déjà sur une possible reprise par Air France, qui ne serait pas dans ce seul cas gêné par des questions de concurrence, la direction de la première compagnie aérienne française ne souhaite pas prendre position.