Justice

L’ancien réviseur de Philipp Hildebrand demande l’acquittement

Daniel Senn est accusé de délit d’initié. Il aurait profité d’informations confidentielles pour acheter des actions Sarasin alors que Julius Baer prévoyait de l’acquérir

Daniel Senn estime n’avoir rien à se reprocher. L’auditeur, ancienne star des milieux financiers zurichois, a demandé l’acquittement devant le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone mercredi. Celui qui a plaidé sa cause seul est accusé de délit d’initié. Le Ministère public de la Confédération (MPC) a déposé une plainte en mai dernier. Le procureur fédéral a demandé une peine pécuniaire avec sursis de 117 000 francs et une amende de 7000 francs pour l’ancien cadre du cabinet KPMG.

Ce dernier, 60 ans, avait été surnommé l’«auditeur de la nation» parce qu’il a été au cœur de toutes les affaires qui ont secoué les milieux politico-économiques: de la liquidation de la banque d’Oskar Holenweger en 2003 à la vérification des transactions de la direction de la Banque nationale suisse (BNS) à la suite de l’affaire Hildebrand en 2012.

Rachat de Sarasin

Mais les années de gloire semblent loin. Le MPC a enquêté pendant trois ans pour aboutir à la conclusion que l’expert-comptable avait utilisé des informations confidentielles pour acheter des actions Sarasin. En tant que responsable du mandat de révision de Julius Baer, Daniel Senn aurait été au courant des projets de la banque d’acquérir l’établissement bâlois.

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Ces informations l’auraient incité à passer un ordre d’achat de titres Sarasin à son banquier. A deux reprises, pour un total de 100 000 francs. Le tout parqué dans les comptes de ses enfants, ce qui lui aurait permis d’enregistrer un bénéfice comptable de 30 000 francs. Car l’action a bondi de 15% lorsque Julius Baer a rendu ses intentions publiques. Même si elles ne se sont jamais matérialisées, puisque c’est Safra qui a finalement mis la main sur la banque bâloise.

Aide de Dieu

Daniel Senn a, lui, assuré devant la cour qu’il n’avait eu vent des projets de Julius Baer qu’après avoir acheté les actions, qui lui semblaient sous-évaluées, a rapporté le Tages-Anzeiger, qui a assisté à l’audience. S’il en est là, c’est en raison d’une «campagne déclenchée par Christoph Mörgeli», a-t-il ajouté. Ce dernier, ancien parlementaire UDC, présent pour rendre compte de l’audience dans la Weltwoche, hebdomadaire auquel il contribue régulièrement, avait été le premier à l’attaquer dans un article en 2012, puis l’avait dénoncé à l’Autorité fédérale de surveillance en matière de révision. Cette dernière lui a retiré sa licence avant de le dénoncer à son tour au MPC.

Le verdict sera rendu le 9 août. Pour l’heure, toujours d’après le quotidien zurichois, Daniel Senn s’en est remis à d’autres: «J’ai dit toute la vérité, donc Dieu, aide-moi. Je sais que cela ne sert à rien, mais je le dis quand même.»

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